Près de cinq heures de concert, 200 musiciens et un défilé de stars au Jazz at Lincoln Center : si quelqu'un doutait encore de la stature de Roy Hargrove, le fastueux hommage rendu au trompettiste, le mardi 8 janvier à New York, fut à la démesure de l'œuvre déployée en trente ans de carrière. Une célébration à son image : peu de mots, beaucoup de musique.

Début janvier, Manhattan grelote mais transpire le jazz plus que jamais. Les deux journées du Jazz Congress se terminent et le Winter Jazzfest bat son plein dans les clubs de Greenwich Village. Tout le monde est là, et plus encore. Au cinquième étage de l’imposant Lincoln Center qui borde Central Park, le prestigieux Rose Theater (1 200 places sur trois niveaux) ne suffit pas à contenir le public et il faut ouvrir les salles voisines pour y projeter la cérémonie. Deux mois après la disparition de Roy Hargrove, le 2 novembre dernier à New York, à l’âge de 49 ans (il souffrait depuis longtemps de problèmes rénaux), le rendez-vous est donné par sa mère Jacklyn, son frère Brian, sa fille Kamala et sa femme Aida. Une soirée mémorable, débutée dans la tradition des funérailles à la Nouvelle-Orléans, quand le Jazz at Lincoln Orchestra est entré depuis l’arrière du théâtre, à la manière d’une second line. Il est vrai que son leader, Wynton Marsalis, fut celui qui découvrit le trompettiste lors d’une visite de la Booker T. Washington High School, à Dallas où il a grandi. Hargrove avait alors 18 ans, Christian McBride trois de moins. Le contrebassiste devint alors son ami, et l’un de ses plus fidèles complices. C’est à lui que revint la charge de présenter la soirée, avec une aisance qui devrait lui inspirer de se lancer dans le stand-up. Après avoir rappelé que Roy « n’est pas seulement devenu un super trompettiste mais aussi le leader de plusieurs grands groupes et un brillant compositeur, arrangeur et chanteur », il a rappelé qu’il fut un pionnier de la neo-soul aux côtés de D’Angelo et Erykah Badu, et même un précurseur des tendances vestimentaires : « Il fut le premier à porter des Air Jordan avec un costume Armani… La combinaison de James Bond 007 et Dennis Rodman ! »

Toutes les formations historiques de Roy Hargrove défilent alors, à commencer par le big band avec lequel il grava l’album Emergence en 2009. Roberta Gambarini interprète alors « Everytime We Say Goodbye » avant que deux trompettistes, Theo Crocker et Giveton Gelin, lâchent leur instrument pour chanter « September In The Rain » avec l’aide du public. Les quintets se succèdent ensuite, dont celui réunissant Freddie Hendrix (trompette), Karriem Riggins (batterie), Antonio Hart (saxophone), Jon Batiste (piano) et Christian McBride lui-même. « C’est le concert de l’année », commente-t-on déjà dans les travées, alors que ça ne fait que commencer. Roy Hargrove aimait la compagnie des aînés, parce qu’il était conscient de prolonger une histoire. Elle est racontée par un quartet exceptionnel : George Cables (piano, 74 ans), Ray Drummond (contrebasse, 72 ans), Gary Bartz (saxophone, 78 ans) et Jimmy Cobb (batterie, 89 ans), rejoints par Dee Dee Bridgewater. De quintet en quintet, le défilé continue : Marc Cary, Justin Robinson, Tadataka Unno, Quincy Phillips, Ameen Saleem, Willie Jones III, Cyrus Chestnut, Steve Davis, Gerald Clayton, Lezlie Harrison, Jeremy Pelt qui pose un sublime solo de trompette sur « Nature Boy »… Sous les yeux de Larry Clothier, le manager de Roy qui a réuni le plateau, le Dizzy Gillespie All-Star Big Band (dont le trompettiste fit partie) joue « Things To Come » avec un Jon Faddis dévastateur. Triomphe.

« Roy et moi venons du système scolaire public », souligne Christian McBride à une époque où il est menacé par l’administration Trump. Norah Jones aussi. La chanteuse fut même formée – Erykah Badu aussi – à la Booker T. Washington High School, comme Hargrove, rappelle-t-elle au moment d’interpréter « The Nearness Of You », seule au piano. Même la veuve de Roy, Aida Brandes, surmonte son émotion pour chanter à son tour. Arrive le super-groupe afro-cubain Crisol (dont Gary Bartz) avec lequel Hargrove remporta un Grammy Award pour son album Habana en 1998. Au troisième rang du public, Roy Haynes apprécie. Mais tout le monde attend le RH Factor, qui monte sur scène après quatre heures de show, pour une clôture festive. Le gang funk de douze musiciens déboule comme un obus, bientôt rejoint par le rappeur Common, le trompettiste Terence Blanchard puis Stephanie McKay sur « Forget Regret », et bien sûr Renee Neufville (chanteuse emblématique du RH Factor) qui irradia toute la soirée. Il était minuit et le public se dispersait enfin sous la bruine new-yorkaise, repu de musique. Celle de Roy Hargrove restera.


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