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Impossible pour Joe Lovano de ne pas enregistrer. Après près de trois décennies en tant qu’artiste majeur du catalogue Blue Note, le saxophoniste ténor trouve un nouveau chez-soi chez ECM Records avec le Trio Tapestry : une interaction sensuelle et lyrique avec la pianiste Marilyn Crispell et son collègue de longue date, Carmen Castaldi.

C’est la première sortie de Lovano en studio depuis Cross Culture, en 2013, sur le label Blue Note, et un nouveau tournant novateur dans sa carrière. Dans le livret de l’album, il écrit : «  Le quotidien nous a emmené dans des contrées lointaines et inattendues de sonorités mystiques à 12 tons, pétillantes et éblouissantes, qui nous incitent à créer.  »

Géant du saxophone ténor, Lovano a une histoire avec ECM, commençant au début des années 80 dans le trio du batteur Paul Motian, qui connaîtra plus tard deux chefs-d’œuvre en trio avec le guitariste Bill Frisell : en 2004, I Have the Room Above Her et en 2006 Time and Time Again. Il contribuera également à d’importants enregistrements ECM du guitariste John Abercrombie (1998 et 2012), du bassiste Marc Johnson (2005, 2012) et du pianiste Steve Kuhn (2008) – tous approuvés par le directeur de Blue Note, Bruce Lundvall. Il signa Lovano en 1990, et supervisera beaucoup des albums du créateur qu’il décrivit comme l’une de ses meilleures signatures.

Dans son intégralité, l’album brille par la rencontre d’ornements mystiques et méditatifs. À la veille de son 66e anniversaire (le 29 décembre) Lovano nous parle de son nouvel album et des idées pour ses projets futurs.

Qu’est-ce qui a conduit à votre rencontre avec Manfred Eicher chez ECM ?

Nous avons été en contact un peu au fil des ans depuis que j’ai enregistré sur des albums de Paul Motian et d’autres. Puis, plus récemment, j’étais au Jazz at Lincoln Center pour le concert des Jazz Masters de 2014 célébrant les lauréats, dont Anthony Braxton, Richard Davis et Keith Jarrett, qui a enregistré de nombreux albums au fil des ans pour ECM. Manfred était présent. Nous avons passé du temps ensemble ; je ressentais ses vibrations. Il est aussi venu au concert hommage plus tôt cette année pour John Abercrombie à la Roulette à Brooklyn. Quand j’ai joué dans un trio inhabituel avec Marilyn, qui avait déjà une histoire avec ECM, et Carmen Castaldo, à The Falcon, dans le nord de l’État de New York, j’ai enregistré une cassette d’un concert dans lequel nous improvisions tous. J’ai envoyé 15 minutes de la session à Manfred, qui a totalement adhéré à l’idée du trio.

Comment était-ce de travailler avec lui en tant que producteur ?

C’est un génie en studio et un grand ingénieur. Il entend les détails de la musique improvisée. Il entend les formes et la structure. Il est aux commandes pendant l’enregistrement et il fait des choix subtiles. Donc lorsque vous écoutez la lecture, c’est comme si l’enregistrement était terminé. Il est si passionnément impliqué dans le processus ! Il fait également des suggestions, comme de demander à Marilyn de faire une improvisation en solo. C’était un nouvel épisode qui suivait mon scénario et qui allait dans une direction différente. La façon dont Manfred voyait la situation dans son ensemble paraissait vraiment naturelle.

Cet album sonne tellement différemment de tous vos autres albums. Sans trop souffler dans votre saxophone, il semble y avoir une sensibilité et une expression lyrique qui se dégagent. Vous avez d’ailleurs dit que c’était une des musiques les plus intimes et personnelles que vous ayez enregistrée. En quoi ces sessions étaient-elles différentes ?

J’ai écrit toutes les compositions spécifiquement avec le concept des 12 tons en tête. Je voulais que nous improvisions tous les trois sur des tonalités différentes. Au cours des dix dernières années de sa vie, j’ai passé du temps avec Ornette [Coleman], chez lui, et je me suis intéressé à sa théorie de l’harmolodie. Cela m’a donné beaucoup d’idées pour faire une tapisserie de mélodie, d’harmonie et de rythmes. J’ai écrit la plupart de ces morceaux quand j’étais sur la route. Il s’agit d’énoncer une mélodie puis de laisser les choses se mettre en place. J’appelle chacun de ces airs des épisodes. La vie d’aujourd’hui est si agressive et excessive que je voulais faire un enregistrement de beauté, d’amour et de passion. Je voulais faire un disque personnel – pas seulement un disque de jazz, mais une musique d’expression.

Cela pourrait être votre enregistrement le plus court (moins de 50 minutes). Pourquoi ?

C’était l’idée de Manfred de faire cet album un peu comme un LP, avec un flot différent d’épisodes de chaque côté. En post-production, Manfred a décidé de faire en sorte que ce LP ne dure pas plus de 68 à 70 minutes. Cela ressemble donc plus à un bel ensemble de concert. Nous avons enregistré 17 idées, il en reste donc dans la boîte qui n’ont pas été retravaillées.

Ce qui est également inhabituel est votre épisode solo avec des gongs qui termine la face 1.

J’expérimente les sonorités du gong depuis mon premier album, mais c’était différent ici. J’ai noté le morceau et fait plusieurs prises, construites sur des tonalités. Ce n’était pas une improvisation. Je l’ai pratiqué à la maison avec des coups de gong spécifiques à 11 ou 12 instruments différents. Je cherchais à harmoniser avec les gongs. J’en ai joué pour la première fois en trois prises lors de la session d’enregistrement. C’était comme une médiation.

Vous avez longtemps cheminé aux côtés de Bruce Lundvall chez Blue Note. Il m’a raconté qu’il vous avait invité à déjeuner, et que vous avez mangé cinq plats et présenté 15 nouvelles idées. Il m’a dit qu’il ne pourrait jamais vous dire non. À la lumière de cela, envisagez-vous d’autres enregistrements ECM à l’avenir ?

Bruce est toujours dans l’exagération. Mais mon expérience avec lui était incroyable – je ne l’oublierai jamais. Il m’a laissé créer quatre groupes différents. Chez ECM, rien n’est encore solide, mais Manfred et moi avons discuté de quelques idées afin de faire évoluer la relation, et peut-être que j’aurais à nouveau un chez-moi ici. Je suis en train d’exprimer des idées et de réunir différents groupes. ECM serait un endroit formidable pour pouvoir faire tout cela.


Joe Lovano, Trio Tapestry (ECM)

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