Qwest-TV-Ernest-Melton

Son album nous est apparu sous le signe du hasard, comme une heureuse découverte aux lendemains prometteurs. Ernest Melton en avait sorti deux autres qu’il n’assume plus, présentant The Time Of the Slave is Over comme un vrai début.

Avant, il voulait enregistrer, pressé d’arriver ; cette fois le disque a été une raison pour lui d’élever son niveau de jeu. Des objectifs que le saxophoniste révèle atteints en confiant avoir « enregistré ce qu’[il] n’aurai[t] pas été capable de faire avant ». Le sourire d’après évoque la jeunesse d’un musicien de 22 ans qui brûle de vivre toutes ces étapes : le plaisir est dans l’acte de jouer. Et en choisissant la formule du trio sax, basse et batterie pour cet album, Ernest Melton s’est offert un vaste espace d’expression à exploiter. Beau défi pour qui aimerait faire entendre ses capacités d’instrumentiste. Dans cet exercice, le musicien de Kansas City a privilégié le caractère à l’expression de la tradition, détournant le risque de l’ennui par un jeu de saxophone ténor énergique et habité par la nécessité du mouvement et de la variété ; comme sur la ligne de basse de « Spacewalk », où Ernest Melton tient l’auditeur en haleine, pendant 7 minutes, en renouvelant avec du rythme et de la suite dans les idées, sa façon de nous souffler des histoires dans les oreilles.

The Time Of Slave Is Over coïncide avec le moment pour Ernest Melton de se faire remarquer au-delà de l’échelle locale. En pensant l’album, le saxophoniste avait donc d’autant plus en tête qu’il lui faudrait « donner du rythme à  » ses solos de saxophone : « J’ai écrit la musique pour le trio, en sachant que les trios peuvent être très répétitif.  Pour cet album il était surtout question de jouer. Je voulais vraiment que les gens aient quelque chose à écouter dans mon jeu. C’était un test important pour moi, en tant que soliste. Il y a des moments où je stoppais mes solos pour que les morceaux gardent un bon rythme »

Premier album assumé, The Time Of Slave Is Over fait écho à ce qui a poussé le saxophoniste vers le jazz à ses débuts. Attiré par le challenge et l’improvisation, Ernest Melton voulait comprendre et faire ce dont peu de gens sont capables : «  J’aime les musiciens difficiles à imiter. J’ai envie de comprendre comment ils font ce qu’ils font, puis de l’intégrer dans ce que je fais. La dernière période de Coltrane, Pharoah Sanders, Rahsaan Roland Kirk, Michael Brecker et Wayne Shorter m’ont beaucoup influencé  ».

De cet héritage, Ernest Melton a saisi qu’au-delà d’être inégalables, ces artistes étaient inimitables ; qu’une voix qui marque se construit entre les notes, dans le supplément d’âme. Ici, l’énergie que le trio déploie, dans le flambant « Free Soul » à la ligne de basse chantante, par exemple, rappelle un certain Shabaka Hutchings et signale que les courants d’influences transatlantiques peuvent aussi emprunter le sens Europe – Etats-Unis quand il s’agit de jazz. C’est aussi l’indicateur de l’envergure qu’a pris le saxophoniste anglais sur le continent américain : « Il fait partie de ceux dont j’adore le style ! Sa manière de jouer du saxophone est très rythmique et c’est rare !  », reconnaît Ernest Melton. On comprend dans le choix de l’instrumentation, où la basse électrique est préférée à l’acoustique, que le groove – celui, très funk, de l’excellent  « P.B.S » – et sa conséquence, la danse, ont eu une place privilégiée dans l’esprit des musiciens.

Outre Shabaka, la musique d’Ernest Melton miroite la détermination qui fait rage sur la scène anglaise depuis quelques années : le trio tuba/sax/batterie de Theon Cross (album à paraître le 8 février), les lives déchaînés d’Ezra Collective… Mais l’essor de Londres n’est pas celui de Kansas City, dont Ernest Melton semble avoir déjà fait le tour. Après avoir quitté l’école à 16 ans afin de se consacrer à la musique, le saxophoniste a, plus tard, fait l’impasse sur la prestigieuse université de Berklee, à Boston, préférant continuer de jouer le plus possible, comme c’était le cas à Kansas City, où il avait fait du chemin. Resté dans le Missouri, issu du terreau gospel, l’âme formée au blues, l’étudiant autodidacte ne s’est pas pour autant privé de cultiver une curiosité internationale, laissant traîner ses oreilles dans les traditions des quatre coins du monde : « C’est en écoutant les musiques du monde que l’on commence à tout entendre. Shabaka, par exemple, fait du jazz, mais les rythmes utilisés dans sa musique viennent d’une autre culture. Dans mon envie de comprendre autant que je le peux, écouter de la musique traditionnelle indigène ouvre mon écoute. Rien ne m’apprend plus que cela. »


Ernest Melton, The Time of The Slave is Over

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