La chanteuse et violoncelliste présente The Capitalist Blues, un troisième album plus rugueux qui puise dans le passé ou le présent, aux Etats-Unis ou à Haïti, les mêmes motifs de révolte.

En janvier, dans le cadre du Winter JazzFest, Leyla McCalla est montée sur la scène du Bitter End où le public new-yorkais érudit a réservé un accueil enthousiaste à son nouveau projet. Après avoir longtemps plébiscité un trio folk-blues délicat, en compagnie de Free Feral (violon) et de son mari Daniel Tremblay (guitare, banjo), la violoncelliste et chanteuse (qui manie aussi banjo et guitare) a renouvelé son personnel en intégrant cette fois un batteur, un bassiste et un guitariste qui mouline une Guild Starfire IV. Une formule plus musclée, mais que l’on aime tout autant.

Déconstruction du capitalisme

Le virage de Leyla McCalla est aussi une ligne droite, puisque la New-Yorkaise prolonge ainsi la démarche entamée depuis une dizaine d’années quand, en s’installant à la Nouvelle-Orléans, elle a entrepris de plonger ses racines haïtiennes dans le gumbo des musiques louisianaises (jazz, blues, cajun). «  Le choix de la nouvelle formule est à la fois familial et artistique », explique-t-elle deux semaines plus tard, cette fois à Paris où elle assure la promotion de son troisième album, The Capitalist Blues.

Familial, parce qu’elle voyage désormais avec ses jumeaux de huit mois, alors que Daniel Tremblay est cantonné dans leur maison du Lower Ninth Ward pour s’occuper de leur fille de 4 ans. Artistique, parce que Leyla McCalla hausse son orchestration en même temps que le ton de son propos : «  J’ai découvert que je ne suis pas seulement violoncelliste. J’ai aussi une voix et je veux m’en servir pour exprimer ce qui me touche dans la société. J’ai grandi avec la conscience sociale de mes parents activistes, puis j’ai expérimenté la pauvreté quand j’ai voyagé en Haïti. C’est à ce moment que j’ai entamé un processus pour analyser mon expérience d’Haïtienne-Américaine et, plus largement, pour comprendre le monde dans lequel on habite. Il ne s’agit pas seulement de Trump, mais de toute l’histoire des relations entre Haïti et les Etats-Unis, au fil de quatre siècles marqués par l’esclavage, l’industrialisation, l’exploitation. Sans oublier que la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou l’Allemagne font partie du même mouvement global. »

Agir pour un avenir meilleur

La Nouvelle-Orléans, où les loyers flambent sous la poussée du tourisme et de la gentrification, poussant les classes populaires hors de la ville, est un laboratoire des dérives que la chanteuse dénonce : « Les “natifs” sont poussés dehors alors que, sans eux, ce n’est plus la même ville. Mais les dégâts du système concernent toute la Louisiane, par exemple quand les compagnies pétrolières font la loi et détériorent l’environnement en ne se souciant que de leurs profits. »

Pour irriguer sa révolte, Leyla McCalla a beaucoup écouté les protest songs américaines des années 1960 et 1970, mais aussi le Trio Select, groupe haïtien de Gesner Henri dit « Coupé Cloué », dont elle reprend la chanson « Lavi Vye Neg ». « De toute façon, tout est politique  », assène-t-elle, en rappelant que ses convictions sont nourries par sa lecture des livres d’histoire, et par son présent dans l’Amérique de Trump : «  Il m’a rendue paranoïaque. J’ai moins confiance dans les hommes blancs, parce que je me demande ce qu’ils pensent de moi, de mes enfants, de mon mariage, de mes idées. »

Leyla McCalla se joint aux luttes actuelles, dans lesquelles les femmes sont en première ligne, que ce soit au sein du mouvement Black Lives Matter, lors des marches contre Donald Trump ou dans la politique elle-même avec des personnalités comme Alexandria Ocasio-Cortez et Kamala Harris. De la même façon, avec Our Native Daughters, le nouveau super-groupe folk formé avec Rhiannon Giddens, Amythyst Kiah et Allison Russell, dont l’album Songs of Our Native Daughters sort dans un mois, elle expose le rôle et les souffrances des femmes noires dans l’histoire américaine. Comme si ses deux jumeaux, qui s’époumonent bruyamment, lui enjoignaient d’agir pour un avenir meilleur.


Leyla McCalla, The Capitalist Blues (Jazz Village / [PIAS])

 

Concerts :

19/03/19 – Le Train Theatre, Portes les Valences (France)

20/03/19 – Salle Du Velodrome, Plan les Ouates (Suisse)

21/03/19 – Espace Carpeaux, Courbevoie (France)

23/03/19 – Ancienne Belgique, Bruxelles (Belgique)

27/03/19 – La Cigale, Paris (France)

 

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