Réédité par WeWantSounds, l’album éponyme de Jaye P.Morgan marque la rencontre d’une chanteuse funk en mal de reconnaissance et du jeune David Foster, futur producteur d’Earth, Wind and Fire (1978) et des plus grande stars de la musique américaine.

En 1976, Jaye P. Morgan, chanteuse sur le retour, enregistre avec un jeune producteur, un album entre disco, funk et soul. L’occasion de réunir des musiciens hautement prisés. Sans que l’on sache pourquoi, ce disque se trouve réduit au pressage privé, et donc à une diffusion extrêmement limitée au moment de sa sortie. Retour sur cette pièce singulière qui bénéficie aujourd’hui d’une réédition digne de ce nom grâce au label WeWantSounds.

Bien avant ce come-back, Mary Margaret Morgan commence sa carrière dans les années 50 entre jazz et variété, dans la veine des chanteuses Kaye Ballard ou Doris Day. Si son répertoire ne comporte pas de chef-d’œuvre, l’interprète possède une voix charmeuse qui se démarque au milieu d’accompagnements plus ou moins interchangeables.

La décennie suivante prit un autre chemin pour Morgan. Sans activité discographique après 1962, elle multipliera des apparitions dans des séries du petit écran. On la retrouva finalement en 1971 sur What Are You Doing The Rest Of Your Life, un disque dans la lignée de ceux de Julie Driscoll, où des titres accrocheurs mêlent les influences jazz et pop. Mais ce n’est qu’en 1976 qu’elle développa un projet véritablement ambitieux. Histoire.

Un casting de haute tenue

Pour produire le disque, Jaye P. Morgan fit appel à un jeune loup en qui elle avait confiance : David Foster. Malgré son peu d’expérience dans la pop, il sut porter le projet, invitant notamment le chanteur Donnie Gerrard, qu’il avait côtoyé au sein de Skylard.

Si David Foster fût le maître d’œuvre du disque (on le retrouve aussi au clavier), et Jaye P. Morgan à l’origine de la proposition, c’est en faisant appel à des musiciens de studio du meilleur cru que le tandem mena à bien ses ambitions.

Parmi eux, Harvey Mason (Herbie Hancock, Donald Byrd) à la batterie ; le guitariste Ray Parker Jr, entendu sur « Talking Book » de Stevie Wonder et « I Want You » de Marvin Gaye. Dans cette équipe, le bassiste Henry Davis était aussi à l’aise chez Black Jazz records que sur les ballades enivrantes de Smokey Robinson. Accompagnés de la section cuivre du groupe funk Tower Of Power, ils se réunirent en un lieu devenu culte avec le temps : le Sound City Studio, où Neil Young avait enregistré After The Gold Rush et qui, durant les années 70, vit passer des pointures comme Dr John ou Fleetwood Mac.

 

Grooves multiples

Neuf titres nourris de différentes approches cultivent une écoute curieuse. Bien choisies, les reprises y sont interprétées finement : « Can’t Hide Love » de Earth Wind & Fire devient plus épurée, plus intimiste, plus P-funk aussi ; la ballade scintillante « You’re All I Need To Get By » d’abord interprétée par Marvin Gaye et Tammi Terrell, perd de son intensité mais revêt ici un charme nouveau avec sa rythmique disco.

Sans parler de « Seems So Long » la composition lumineuse de Stevie Wonder, nommée « It’s Been So Long » pour l’occasion, qui gagne ici en ardeur et permet à Morgan de démontrer sa sensibilité et sa compréhension des musiques funk et soul, entre questions-réponses et entrelacs avec les choristes.

Mais il ne faudrait pas bouder les originaux, surtout le sulfureux « Here Is Where Your Love Belongs » et sa basse épaisse, nonchalante. Un titre qui rivalise de près avec « Closet Man », chanson sur le coming out gay qui rappelle les ambiances jazzy et relâchées des disques de Minnie Riperton.

Par endroits quelques détails alourdissent les morceaux : un solo de saxophone ou de violon électrique ringards, mais ces éléments placent aussi l’album dans son époque sans en altérer la qualité d’ensemble.

Épilogue

L’opus mal distribué à l’époque, Jaye P. Morgan aurait pu définitivement tourner le dos à sa carrière. Mais elle n’en fit rien et signa un dernier album, Lately, en 1983, malheureusement moins convaincant que celui réalisé avec David Foster. Ce dernier entreprit de son côté une carrière longue et riche en tant que producteur ou interprète, travaillant avec les plus grandes stars de la musique américaine : Michael Jackson, Mariah Carey, Whitney Houston, Beyoncé, Madonna, Barbra Streisand…


Jaye P.Morgan (WeWantSounds)

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