L'excellent nouvel album d'Alicia Olatuja, Intuition : Songs From The Minds of Women, est fondé sur des prémisses des plus simples : une célébration des compositrices, qui entre en écho avec les exigences pour l’égalité des genres dans la société - et ce particulièrement dans l’ère des mouvements TimesUp et MeToo.

L’enseignement est une partie intégrante de la vie de beaucoup de musiciens contemporains de jazz. Il peut représenter une source de revenus bienvenue, une forme de stimulation intellectuelle ou, dans certains cas, une vocation. La compositrice et chanteuse américaine Alicia Olatuja fait partie de cette dernière catégorie. Un jour, elle souhaiterait créer un lieu d’apprentissage pour ses potentiels successeurs. « Je suis une grande défenseuse de l’éducation. Je viens d’une lignée d’enseignants, dans ma famille, et j’adorerais ouvrir une école, mais pas du type de celles que j’ai fréquenté. J’ai le sentiment qu’il y avait beaucoup d’expérimentations et d’erreurs. L’industrie de la musique change rapidement, et je pense que les artistes ont besoin d’être mieux armés pour affronter cet univers, et j’aimerais enseigner au sein d’un institut qui m’appartienne ».

Pour être plus précis, la gente féminine peut être un bénéficiaire crucial des connaissances d’Olatuja. « En ce moment, les gens sont prêts à entendre ce que les femmes ont à dire », affirme Olatuja avec emphase. « Les femmes commencent à comprendre l’importance de ce qu’elles ont à dire. Les temps sont difficiles, mais l’époque a aussi créé cette synchronicité qui fait que l’on peut collectivement trouver une voix tout en accordant de la valeur à nos voix individuelles. »

Née à St. Louis dans le Missouri, et formée à la prestigieuse Manhattan School of Music, d’où elle est sortie après une formation « Classique/Voix », Olatuja est tout aussi heureuse de se voir identifiée comme mezzo-soprano que comme chanteuse de scat. Dans tous les cas, elle a une passion pour les compositions subtilement construites. Dans Intuition, la présence du très respecté pianiste-arrangeur-chef d’orchestre Billy Childs, connu pour son superbe travail avec Dianne Reeves, un est bonus. « C’est incroyable de travailler avec n’importe quel arrangeur qui est sensible au travail des chanteurs, et c’était incroyable de travailler avec lui », lâche fièrement Olatuja. « Je suis allée le voir juste pour faire appel à son expertise au sujet de quelques compositrices dont il pensait qu’elles seraient les plus ouvertes à de nouvelles compositions, parce qu’on avait travaillé ensemble pendant deux ans, en tournée pour son projet sur Laura Nyro. Il a un grande influence, et il a continué à être une source d’inspiration pendant qu’on travaillait sur cette musique. »

Olatuja, dont la voix possède une expressivité impérieuse et un phrasé à la précision d’une aiguille, a choisi une grande variété de compositrices pour Intuition, de Safe à Joni Mitchell en passant par Tracy Chapman et Kate Bush, sans compter ses propres compositions inédites. Les filiations folk-rock, soul et pop sont entretissées avec cohérence dans les morceaux aux harmonies complexes dont on peut s’attendre de la part de musiciens en improvisation. De manière intéressante, Olatuja a insisté pour présenter l’œuvre non pas comme de la musique écrite par des femmes, mais comme des chansons issues de l’esprit des femmes.

« Oui, c’est ce que j’ai voulu comme sous-titre à l’album », explique-t-elle. « En grandissant, j’ai toujours entendu parler de l’intuition féminine, de cet instinct viscéral qui, parfois, dépasse la logique et la rationalité. Mais j’ai aussi voulu mettre en avant l’idée que les femmes peuvent être des êtres rationnels, logiques, et intellectuels, et lorsque l’on concilie ces deux choses – l’intelligence émotionnelle avec la logique et le rationnel – on est en mesure de créer des œuvres brillantes et extraordinaires. J’ai donc voulu respecter tous les aspects de la féminité, l’émotion, le cœur, et l’intellect. »

« Beaucoup de ces chansons portent sur l’amour et les relations amoureuses, mais « Cherokee Louise », écrite par Joni Mitchell, a un sujet beaucoup plus lourd. Je voulais faire au moins quelques morceaux qui abordent des problèmes dont il est difficile de parler. Si vous êtes capable de vous tenir sur scène pour chanter des morceaux sur l’abus, sur le racisme, les idéaux de beauté – comment on ne se sent pas à la hauteur dans le monde – à côté d’autres chansons, vous êtes alors en mesure de créer un espace dans lequel quelqu’un peut penser à ces choses sans la honte et le stigmate que les femmes ont porté si longtemps. »

Défendre l’idée qu’elles font ça pour elles-mêmes est la meilleure manière pour Olatuja de rééquilibrer la balance. Aussi important que soit le fondement socio-politique d’Intuition, l’œuvre devait aussi refléter honnêtement et de manière naturelle le long et stimulant voyage de cette chanteuse dans la musique. Son immersion dans le Gospel, et particulièrement les chansons des iconiques Bebe et Cece Winans, qui vous fendent l’âme, définissent Olatuja, tout autant que son amour pour Leontyne Pryce, cette légende de l’opéra. Pour Olatuja, ils sont tous connectés.

« C’est un cercle, magnifique et intéressant. Ce que l’on assimile en tant qu’artiste doit ressortir. J’ai toujours pensé que lorsque vous êtes sur scène et que vous faites de la musique en utilisant le langage du jazz, vous puisez dans des années et des années de travail de la part de tous ces chanteurs et instrumentistes », dit-elle. « Ce n’est pas juste un concert de deux heures, vous puisez dans des années d’expérience. »


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