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La flûtiste et compositrice Naïssam Jalal signe avec Quest of The Invisible une œuvre majeure, intime et transcendantale : une invitation à la méditation dont l’amplitude et la puissance narrative puisent aux sources d’une spiritualité libre, enfin assumée.

Méditer c’est résister

Femme de lutte(s) et flûtiste de combat, Naïssam Jalal traverse le monde comme le monde la traverse, intensément. Injustices et violences foudroient la flûtiste qui réunit autour d’elle l’excellent quartet Rhythms of Resistance en 2011 pour donner corps à sa révolte, alors qu’éclate une révolution syrienne réprimée dans le sang dès ses premières heures. Ensemble, ils publient le remarqué Osloob Hayati puis Almot Wala Almazala en 2016 dont la fureur sensible traduit parfaitement le mot d’ordre : la mort plutôt que l’humiliation. Si Naïssam Jalal compose alors avec sa douleur, elle se tourne pour Quest Of The Invisible vers un registre beaucoup plus intérieur car « dans ce monde capitaliste et matérialiste, se tourner vers la spiritualité de l’être, c’est aussi un mouvement de résistance. C’est dur d’être tout le temps en colère » souffle-t-elle à la table d’un ancien garage devenu café social club à Saint-Denis, fief communiste au nord de Paris où elle vit désormais. “Dans les milieux de pensées où j’évolue, bien énervés, bien à gauche et très antireligieux, je n’assumais pas forcément ma vie spirituelle.” Sauf qu’aujourd’hui, Naïssam Jalal semble accepter que pour mener à bien ses luttes contre les iniquités de l’époque, elle doit aussi cultiver une forme de paix intérieure et en cela, Quest Of The Invisible s’écrit d’espace, d’air, de silence : l’essence des musiques méditatives.

 

Mystic Modal

Née à Paris de parents peintres et syriens, Naïssam Jalal grandit dans un grand bain de culture(s) et la flûte, dont elle tombe amoureuse de la posture et du souffle immémoriels – « regarde Ganesh, elle ne joue pas du tambour », la pousse à prendre des chemins initiatiques.

« Quand je suis arrivée en Syrie pour étudier le nay au Grand Institut de Musique Arabe de Damas, j’avais 19 ans et j’ai découvert des choses dont je n’avais pas conscience : l’importance et la splendeur du silence dans la musique traditionnelle arabe. J’ai compris qu’il venait de la cantillation du Coran », des dhikrs, ces récitations mélodiques au cœur des rites soufis auxquelles elle se mêle au Caire notamment, au contact de l’éminent mounchid (chanteur soufi) et moutrib (producteur d’extase) Cheikh Yassin Al Tohami. « J’y pense souvent depuis ce moment-là. Je ne comprends pas entièrement cet arabe classique mais j’en perçois tout le sens, la profondeur, la spiritualité, l’amour. » Parmi les nombreuses traditions musicales qui tendent vers une communion avec le divin, Naïssam Jalal inscrit volontiers le flûtiste bansouri Hariprasad Chaurasia, les nuits de transe gnawa du Maroc ou le jazz mystique orangé d’Alice Coltrane période Journey to Satchidananda au temple de ses inspirations.

Compositrice brillante, instrumentiste virtuose, Naïssam Jalal vit aussi l’improvisation comme une expérience spirituelle en soi. « Pendant l’enregistrement, il y a eu des moments magiques. Pour “La Prière” par exemple, nous n’avons fait qu’une seule prise et Hamid m’a dit : là, t’étais dans la baraka, un véritable outil ! » rit-elle un peu pensive. « Je déteste les grilles, les chemins harmoniques déjà tracés. Il est hors de question que la musique, sa structure intrinsèque, m’impose un chemin. » Intimement lié au jazz modal depuis sa première improvisation avec le contrebassiste Michel Touzot – « cinq notes et un bourdon, hypra-modal tu vois » – puis le « Olé » de John Coltrane sur un toit de Bamako, son langage musical est libre, sauvage, courageux.

Faire la paix

Pour Quest Of The Invisible, Naïssam Jalal s’entoure d’amis musiciens, arcanes majeures qui comme elle “n’ont peur ni du silence ni de la transe” : le pianiste brésilien Leonardo Montana, le contrebassiste Claude Tchamitchian et Hamid Drake aux percussions, respectivement désignés comme “la douceur, la profondeur et la puissance”. De la contemplation à l’extase de la foudroyante “Ivresse” que “les garçons appellent l’animal”, le quartet progresse dans cette quête des sons de l’Invisible, uni par un même fluide : celui de l’élévation, de l’oubli de soi.

Ensemble, ils déjouent en douceur les structures rythmiques d’un jazz pas toujours très free et les écueils des musiques savantes pour hisser tout entier le répertoire de Quest Of The Invisible à des sommets d’expressivité où surgissent doutes, nuances et ravissements. Et si au fil du disque Naïssam Jalal se donne, s’abandonne à chanter pour « entrer en contact avec l’Invisible, cette force qui est en moi et qui me lie aux autres », elle est bouleversante lorsqu’arrive l’heure de « La Prière » et avec elle, les premiers mots du disque : « Oh mon Dieu, Oh Dieu, protège-moi de moi-même », mantra que répète sa voix flûtée jusqu’à se dissoudre dans un souffle parfait.

 


En concert le 28 mars 2019 au Café de la Danse à Paris.

Photo ©Alexandre Lacombe

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