Qwest-Tv-Budos-Band

Cette année, le groupe Ethio-funk présente un autre lot de chansons théâtrales, Budos Band V, qui iraient aussi bien sur des images de course-poursuite que de coucher de soleil. Qwest TV discute avec Brian Profilio de l'origine et de l'évolution du groupe, album après album.

Parmi l’ensemble des groupes de Daptone, Budos s’est avéré être le plus sombre, celui aux sons menaçants et aux prestations agressives, celui où les mélodies chaudes sont remplacées par des saillies intenses de cuivres, où les arrangements se rapprochent plus des vallées ombragées que des ballades ensoleillées. L’ADN du groupe est composé de membres des Dap Kings, de Menahan Street Band (la troupe ayant accompagné Charles Bradley) et d’autres noms de l’enseigne vénérée de Brooklyn.

Brian Profilio, le batteur de Budos, colonne vertébrale du groupe et véritable bourreau de travail, raconte comment le groupe s’est formé : « Budos s’est formé après que certains d’entre nous sont allés voir Antilabas jouer leur premier concert en 1998. Ces mecs nous ont époustouflés. On n’avait jamais rien vu de tel auparavant. On allait les voir jouer toutes les semaines à un club qui s’appelait No Moore. Finalement, on a décidé de s’essayer à l’Afro-beat, et on a commencé à recruter tous nos amis pour jouer de différents instruments, surtout des percussions et des cuivres. On s’est mis à écrire nos propres chansons, et on a fini par enregistrer notre premier album chez Daptone Records en 2004 ».

Parlez-nous de la naissance de Budos. Ce sont plusieurs membre de la famille Daptone, n’est-ce pas ?

Les membres principaux du groupe jouaient de la musique ensemble depuis environ cinq ans avant que Budos ne devienne un groupe. Il y avait, entre nous, quelques petits groupes, mais le projet qui a retenu l’attention et l’oreille de Gabe Roth et Daptone Records était un groupe instrumental funk qu’on avait baptisé The Bullet. Il y avait Tommy Brenneck à la guitare, Dan Foder à la basse et moi-même à la batterie. On avait fait des reprises des chansons des Meters, de JB et de Dyke and the Blazers. Roth s’était dit qu’on irait bien avec un chanteur avec lequel il avait travaillé, nommé Charles Bradley. On a enregistré quelques 45-tours à la House of Soul à Bushwick avec Charles au chant. C’était là les toutes premières œuvres qu’on a faites pour Daptone. A partir de là, les choses ont évolué : Brenneck a finalement rejoint les Dap Kings et écrit et enregistré les albums de Charles Bradley.

Décrivez-nous le processus d’écriture d’une chanson. Est-ce difficile ne serait-ce qu’en raison du nombre de personnes dans le groupe ?

La plupart du temps, la basse ou la guitare va lancer un rythme que je vais venir soutenir avec un beat. Puis la basse et la guitare vont se synchroniser, soit en se miroitant soit en jouant l’un par rapport à l’autre en développant des harmonies. Les cuivres vont travailler à une ligne mélodique pendant qu’on répète le riff, et on va construire les fondements d’un refrain ou de paroles. Puis, on relève tout ça avec des solos et des breaks. À l’exception des cuivres, on joue tous en rythme, ce qui fait que tout le monde connaît sa place dans le groupe. À ce stade, les chansons se mettent en place toutes seules, on sait tous le rôle qu’on a à remplir.

Budos a été décrit en des termes très différents, comme « Ethio-punk », « Psych-proto-metal », etc., et votre son a évolué au fil des années. Comment décririez-vous l’état actuel de votre son ?

Je n’ai aucune idée du genre dans lequel on se situe aujourd’hui. Il s’agit vraiment d’un mélange de genres, mais de manière très furtive. Rien de ce qu’on fait n’est manifestement relié à un genre, mais si vous écoutez attentivement, vous pouvez entendre des éléments venus de toutes les régions musicales ; l’afro-beat, le funk, l’Éthiopie, le psych et le rock des années 70. Je vais analyser dans le détail nos albums et nos influences pour que vous puissiez voir comment chaque style s’imbrique dans notre son.

Oui, avec plaisir.

On a commencé en jouant notre propre style d’Afro-beat. C’était court, incisif, et plutôt survolté. Un bon exemple de cela, ce serait le « Budos Theme » de notre premier album. Dans le second album, on s’est mis à inclure encore plus de riffs et de parties de cuivres au style éthiopien dans nos chansons, en utilisant des gammes arabes et des morceaux au rythme plus sombre. Lorsqu’on est arrivé à notre troisième album, on s’est rendu compte qu’il existait un lien entre le Jazz éthiopien et le rock des années 70. Ils partagent cette atmosphère un peu confuse et déformée, alors on s’est tourné davantage vers une direction plus rock. Ça a rendu les chansons très divertissantes à jouer, et nos concerts ont commencé à devenir de plus en plus agressifs. Avec nos deux derniers albums, Burnt Offering et V, on a pris des éléments présents sur les premiers albums et on les a combinés au style bruyant et agressif qui est celui de nos concerts. Mais bien que ce soit agressif, ça ne tombe jamais dans le métal. C’est parfois du rock, mais ce n’est jamais du métal.

Quels sont les projets d’autres artistes qui auraient eu selon vous eu un impact sur vos propres enregistrements ?

Il y a des centaines de groupes et d’artistes qui ont eu une influence sur notre musique, certains relèvent de l’évidence, comme Mulatu Astake et Black Sabbath, d’autres sont moins évidents et plus obscures.

Comment c’est, la vie en tournée ? Quel est votre concert le plus mémorable ? Lequel était le plus grand ? Comment c’était ?

On avait l’habitude de partir en tournée beaucoup plus souvent qu’on ne le fait aujourd’hui. C’est plus difficile de partir pour de longues périodes maintenant, les membres du groupe sont pour la plupart des pères maintenant, avec des boulots à plein temps. Je suis instituteur, et je ne peux donc faire des concerts que les week-ends ou pendant les vacances. Mais quant à la tournée elle-même, je pense qu’on s’en sort super bien dans la vie en tournée. On a des amis et des endroits qu’on fréquente dans toutes les grandes villes maintenant, du coup c’est toujours la fête quand on se met en route.

Je suis sûr que chacun d’entre nous aurait une réponse différente au sujet de notre meilleur concert. En ce qui me concerne, un des concerts les plus mémorables, c’était quand on a ouvert pour Nathaniel Rateliff et les Night Sweats à Red Rocks, deux nuits de suite. L’amphithéâtre est juste incroyable. Quand vous êtes installé sur scène et que vous voyez 10000 personnes dans ce lieu, peu de mots vous viennent. C’est la première fois dont je me souviens d’avoir eu l’estomac noué avant un concert. Vraiment une expérience incroyable.

Pouvez-vous comparer et mettre en contraste le nouvel album avec les précédents ?

En fait, même si c’est un nouvel album avec de nouvelles chansons, ça reste le son des Budos. On retrouve les lignes de basses rugueuses, les immenses parties de cuivres, les guitares qui sont plus confuses, tout y est. On a aussi puisé dans nos influences de départ, et ça donne un mélange assez dense de styles.

Est-ce que vous avez toujours voulu rester instrumental ? Ou y a-t-il eu des discussions pour inclure des parties chantées ?

On a toujours été un groupe instrumental. Le moment le plus récent où il y a une partie chantée, c’est lorsqu’on crie tous « Hey ! » sur l’un de nos premiers morceaux. Aucun de nous n’avait le charisme, le swag ou le désir d’être le leader pour le genre de musique qu’on faisait. Ça aurait été complètement ridicule que l’un de nous essaye de chanter comme Fela Kuti ou James Brown. La seule personne à avoir chanté sur notre musique, c’était Charles Bradley, et c’est comme ça que ça va rester, en gros.

Comment est-ce que vous planifier vos sets ?

En l’occurrence, c’est un peu un défi de composer un set pour un groupe instrumental. C’est une question de tempo et de rythme. Parfois, on commence par un morceau lent pour poser l’ambiance, parfois on commence en branle-bas de combat avec un morceau rapide et lourd. Tout dépend du lieu, du public, et de la longueur du set. Il y a toujours environ cinq morceaux qu’on joue à tous nos concerts, mais les autres peuvent changer, surtout si on joue au même endroit pour plus d’une soirée.

Si vous deviez choisir trois chansons de votre répertoire qui soit représentatives de Budos pour de nouveaux auditeurs, lesquelles est-ce que ce serait ?

« Up from the South », c’est sûr. C’est indéniablement notre chanson la plus connues. « Old Engine Oil », je sais que c’en est une nouvelle, mais elle contient tous les éléments que vous pouvez attendre de notre musique. Je ne suis pas sûr de la troisième. J’aime beaucoup la chanson « Burnt Offering », elle est complètement déjantée.

Est-ce que vous trouvez le temps, entre vos concerts, de répéter de la nouvelle musique ? Que peut-on attendre du prochain projet ?

Oui, en vrai, on a un sixième album tout entier qui a déjà été enregistré. L’été dernier, on a enregistré autour de 15/20 morceaux qu’on va utiliser avec un groupe hip-hop. Ils allaient simplement expérimenter nos chansons et les bricoler pour leur propre album. L’accord est tombé à l’eau, et on se retrouve maintenant avec un tas de morceaux plein d’énergie enregistrés pendant ces sessions. Ils durent 2 à 3 minutes chacun. Ils feront un album super.

Et pour finir, je me suis toujours demandé, quelle est l’origine du nom du groupe ?

Au départ, on s’appelait « Los Barbudos », Les Barbus. L’afrobeat, c’est de la musique révolutionnaire et politique, et on a trouvé que le nom nous allait bien, pas parce qu’on se préoccupait de l’armée révolutionnaire de Fidel Castro, mais parce qu’on avait tous des barbes. Il s’est trouvé que ce nom portait un peu trop d’histoire, et donc on l’a raccourci pour The Budos Band. Beaucoup de nos groupes éthiopiens préférés s’appelaient « The quelque chose Band » – on pense par exemple à The Wallis Band. Du coup, on a tout simplement utilisé cette formule.


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