Qwest-TV-Eli-Paperboy-Reed

Pour la sortie de son sixième album « 99 Cent Dream », Qwest TV est allé à la rencontre de cet artiste soul improbable qui plonge dans les racines du Mississipi, a écumé les clubs de blues de Clarksdale et trace aujourd’hui sa route à l’internationale pour délivrer un message d’amour.

Les rêves ne coûtent peut-être pas 99 centimes mais la promesse est tenue. On retrouve au grès de ces petites madeleines acidulées les plaisirs coupables de l’âme qui nous dessinent des yeux de merlans frits. Point de version léchée à la Raphael Saadiq mais ce timbre un peu rugueux de l’artiste qui se revendique à demi-mots de certaines figures de l’âge d’or de la soul tout en défendant mordicus son indépendance face à l’ancien temps : « C’est vraiment une voix que j’ai développée au fil des années. Ça vient des chanteurs que j’aime, que j’imitais étant jeune. J’imitais Jacky Wilson, Sam Cooke… J’ai vraiment une voix rugueuse, une voix hachée par nature. » La voix d’Eli résonne bel et bien comme un retour aux sources que les cuivres exaltent : danse lascive dans « Said She Would », quintessences délicates vintage de R&B dans le titre éponyme « 99 Cent Dream » et gospel avec le cœur The Masqueraders dans « Coulda Had This » ou « In the End », l’oreille se perd dans un jingle charmeur, un peu plus éloigné malgré tout du blues rockeur des débuts du cabotin (Eli « Paperboy » Reed sings… « Walkin’ and Talkin’ (For my baby) »)…

C’est qu’il en a parcouru du chemin depuis qu’il a été béni par les anges de la soul. Natif de Boston, il nous rappelle entre deux rires qu’il a rapidement fait ses gammes en plein bain effervescent de blues dans les profondeurs d’un Mississipi fantasmé qui n’est pas aussi fidèle à l’image que l’on s’en fait : « « Paperboy » vient d’un chapeau que je portais à l’époque qui me venait de mon grand-père. J’ai vécu dans le Mississipi pendant un an après mes années de lycée et je jouais beaucoup de blues, dans une sorte du juke joint comme on l’appelait par là. Les gens me surnommaient ainsi parce que je portais toujours ce chapeau. J’attendais de jouer et c’était toujours « Hey ! C’est Paperboy qui va faire une chanson ! ». Il y avait énormément de musiciens à l’époque à Clarksdale. Il y a d’ailleurs toujours autant de musiciens aujourd’hui et autour du delta. Je jouais avec des gars qui n’étaient pas forcément « connus ». C’était juste des gars du coin qui jouaient des titres inspirés d’un artiste nommé Terry Williams qu’on appelait « Big T ». Je jouais dans un groupe, le Wesley Jefferson and the southern soul band. On jouait tous les dimanches. Nous jouions aussi beaucoup avec un batteur légendaire nommé Sam Carr. » Faire ses classes dans les juke-joint du Delta du Mississipi, voilà de quoi s’assurer une certaine intégrité musicale portée par l’authenticité originelle d’un blues pur souche débarrassé de toute raillerie.

Du reste, Clarksdale propose déjà des horizons suffisamment élargis pour que le jeune premier trempe ses pieds dans plus d’une eau : « Blues, R&B, soul… C’était une grande révélation pour moi quand je suis arrivé pour la première fois dans le Mississipi. Je ne savais pas tellement à quoi m’attendre. Je me disais que ce serait plutôt du country blues ou quelque chose qui s’y apparentait. En réalité, dans les clubs, ils jouaient plutôt Tyrone Davis, Joe Simon, O. V. Wright, Albert King, et d’autres choses du même genre. C’était beaucoup de southern musique. » Cette époque signe bien le creuset d’influences d’un artiste qui n’entend pas se limiter à un type de soul : « Le luxe qu’on a de vivre dans cette zone, c’est qu’on n’a pas à se limiter à une seule chose. »

De Clarksdale à Chicago, « Paperboy » poursuit désormais sa route. Les études de sociologie qu’il entame l’entraîne plutôt sur les pentes de l’ethnomusicologie. Dans l’annuaire de l’école, il dégotte le numéro de téléphone d’une célèbre chanteuse de gospel qui travaille dans l’administration de l’université et se retrouve, orgue en goguette et couvre-chef à gogo, dans une église en compagnie de la légendaire Mitty Collier. Le jeune premier enquête, prospecte et défriche les affluents fertiles qui le catapulteront un peu plus tard dans sa propre musique : « Je jouais dans une église, j’animais mon émission de radio, je voyageais dans le sud de Chicago pour dénicher des enregistrements. J’essayais vraiment de voir ce que je voulais faire. » Quoi de mieux pour enrichir sa culture musicale que de pénétrer dans le sacerdoce de Mitty Collier ? « De Mitty, j’ai appris le temps, la patience.. Comment engager le public, être honnête dans ma performance, être dynamique, toutes ces choses qu’on entend finalement dans les églises noires, toutes ces énergies qui créent une forte tension.  » confesse-t-il.

Pour autant, la musique de l’âme, selon notre homme, est moins affaire de révoltes embrassées que promesses de vertus épousées : « Je ne suis pas d’accord avec l’idée que la musique soul est née d’un mouvement de révolte. Il y a bien sûr des chansons de révolte mais je ne dirais pas que cela résume la soul. Personnellement, j’ai le sentiment que la musique est plus agréable à écouter si tu ignores certains événements importants et que tu te concentres sur les qualités intemporelles de la musique. C’est mon esthétique générale. Le message de ma musique est toujours un message d’amour, d’espoir, de choses positives. »

Or ce serment profane trouve toute sa légitimité dans son nouvel album qui rassemble la star hip-hop Big Daddy Kane, des vocalistes d’un autre temps et a été enregistré dans le légendaire studio Sam Philips de Memphis qui a vu passer Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Roy Orbison, B.B. King, Elvis Presley et tant d’autres.. « On a aussi eu un accès incroyable au travail de certains musiciens comme les Masqueraders. C’était comme une révélation pour moi. (rires) Ces gars chantent ensemble depuis plus de cinquante ans. Les entendre chanter des parties que j’avais écrites, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais ! » De fait, la soul est aussi affaire de quotidien, ouverture sur un monde prosaïque qu’on aborde avec simplicité : « Les chansons de l’album parlent de choses qui sont importantes mais ne coûtent pas grand-chose.  » Eli peut rester modeste sur la part qu’il prend dans une résurgence déjà pas toute jeune de la musique soul, il y a tout à parier qu’il fasse malgré lui le pont entre monde ancien et monde contemporain, Sam Cooke et Big Daddy Kane…

 

 


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