Noname_la_poesie_au_feminin

Le premier projet de Noname (Telefone EP, 2016) donnait à entendre une excellente lyriciste, jeune et introvertie, en transition vers l’âge adulte. Deux ans plus tard, changement de ton. « Y'all really thought a bitch couldn't rap huh? » ouvre son nouvel album. Plus confiante, un tantinet arrogante, toujours pertinente socialement : Noname (de son vrai nom Fatimah Warner) est au sommet de son art sur Room 25.

Le sexe fort

Room 25 ne se veut pas une démonstration de la puissance féminine, et pourtant il l’est de par son existence. Le positionnement de Noname dans l’univers du hip hop est soumis aux mêmes contraintes que les autres rappeuses. Nicky Minaj et Cardi B ont fait le choix du comportement prédateur pour tirer leur épingle du jeu. Noname a préféré briller par l’ingéniosité de ses lyrics, à l’instar de Rapsody ou de Little Simz.

Déjà saluée pour la qualité de ses textes, la jeune artiste démontre encore ici l’étendue de sa technicité. Elevée par des parents libraires et lectrice avide de Toni Morrison, la native de Chicago commente l’actualité sociale et politique avec humour et sarcasme. « Blaxploitation » excelle dans ce domaine, fustigeant la classe dirigeante de l’appropriation culturelle tout en pointant les paradoxes de la communauté aisée noire en pleine gentrification.

Forte de cette étiquette, Noname brise également les barrières en évoquant crument sa sexualité nouvellement conquise. « If you wanna help me then kiss me and fuck me later  », provoque-t-elle sur « Prayer Song ». Elle réconcilie la vulgarité et la conscience politique sur l’ouverture de l’album (« Self ») : « My pussy wrote a thesis on colonialism ».

Rimer en rythme

Poète avant d’être rappeuse, la diction de Noname a toujours navigué entre le slam et le rap. Sur Room 25, le flow de la jeune artiste s’articule plus fermement autour de l’architecture rythmique, une évolution accompagnée par la présence de Luke Titus Sangerman, batteur sur l’ensemble de l’album. Son jeu dynamise les compositions toujours aussi aériennes de Phoelix, aux manettes de la production et déjà collaborateur de choix sur l’album précédent.

Musicalement, l’album est tout aussi riche que son prédécesseur. Ses instrumentations souffrent mal la description ou forcerait l’énumération d’adjectifs qui videraient la musique de son côté mystérieux. L’écoute est un ravissement pour les oreilles délicates. Cette singularité, elle est fille de l’ambition artistique de Noname. Tout est fait maison, de la production à la distribution, un gage d’indépendance qu’elle ne manque pas de souligner : « When labels ask me to sign, so my name don’t exist  » (« No Name »).

Pas de formatage stylistique, même si la bossa nova de « Montego Bae » et la basse funky de « Blaxploitation » sont des emprunts référencés. Pas de contraintes de collaboration, c’est la même équipe de la Windy City qui est au rendez-vous : Smino, Saba et Ravyn Lenae. Malgré son déménagement à Los Angeles, la native de Chicago reste profondément attachée à sa ville d’origine.

La courte durée du projet, à peine plus d’une demie heure, ne dessert pas l’ambition artistique. Elle nous laisse stimulés auditivement, juste ce qu’il faut d’excitation avant d’atteindre le point d’orgue.


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