Le batteur londonien Richard Spaven a accompagné José James, Guru, Flying Lotus, Gregory Porter et Bill Laurance pendant des années. Il vient de sortir Real Time, son deuxième album en leader.

Richard Spaven a une identité musicale protéiforme. Baigné dans la neo-soul de Jose James qu’il accompagne pendant plusieurs années, le batteur londonien a débuté sa carrière solo en 2010 sous l’égide du collectif Jazz Re:freshed. Un retour aux sources manifeste à l’époque, car c’est en effet avec le jazz que Richard a commencé à tenir ses baguettes. Élève auprès d’un batteur de big band, il fait ses armes dans l’orchestre des jeunes de son école : « I was good at it and it was a good discipline. But soon I started going to rehearsals while listening to Eric B and Rakim on my headphones, so my taste was developing and transitioning towards hip hop ». C’était la fin des années 90, et bientôt Londres voit l’explosion de la musique électronique underground. Dubstep, broken beat et drum’n’bass envahissent les clubs de la capitale, une innovation qui ne laisse pas Richard indifférent. Cette multiplicité d’influences transparaît sur Real Time, son nouvel album. Profondément ancré dans des sonorités électro-planantes, on y trouve une prépondérance du groove mêlé à un jeu libre et improvisé.

Real Time, c’est le deuxième album que le batteur réalise avec les mêmes acolytes. Stuart McCallum, guitariste du Cinematic Orchestra et collaborateur de longue date, officie avec Jordan Rakei. Le chanteur de neo-soul avait démarché Richard pour un titre mythique en 2016, « Toko ». Depuis, Richard n’envisagerait pas sa musique sans l’apport du jeune australien. «  Jordan Rakei est vraiment dans le même univers que nous ! Évidemment, il ne peut pas devenir mon chanteur pour tous les concerts, parce qu’il a sa propre carrière. Mais en studio il apporte un vrai complément à ce que je fais ! » Mais contrairement à l’album précédent, The Self (2017), la spontanéité du groupe a primé sur l’aspect composition de Spaven. « Le groupe a plus d’expérience maintenant. Les musiciens ont davantage contribué à ce disque dans le jeu, il est moins contrôlé par mes choix. Je me suis concentré sur l’esprit plus que sur la volonté d’obtenir des prises parfaites. ».

Entre l’électronique et l’acoustique

Cette obsession pour le ressenti musical, on la retrouve dans l’équilibre entre électronique et acoustique. Prenons Jameszoo qui produit le morceau « Celestial Blues », un hommage au jazz spirituel d’Andy Bey. Auto-proclamé musicien de « computer naive jazz », l’artiste néerlandais fascine Richard : « Il fait de la musique acoustique qui sonne comme de l’électronique, mais il le fait avec beaucoup de musicalité ». Ce dialogue des genres est au fondement de la musique de Richard. « Show Me What You Got » est une version live d’une production de Jay Dilla qui avait lui-même samplé la musique du groupe Stereolab. Rien ne se perd, tout se transforme. Le batteur Jojo Mayer, également friand de musique électronique, parle de « reversed engineering » pour décrire ce processus de transformation. Cependant, Richard rappelle qu’il est plus influencé par la musique qu’il ne l’est par la batterie. La conceptualisation, en revanche, a ses faveurs.

Richard a donc développé son propre concept, l’apprentissage résiduel (« residual learning »). Derrière ce terme alambiqué, c’est la vérité du jeu du batteur qui se dévoile : « L’apprentissage résiduel revient à s’instaurer un exercice quotidien de nouveaux concepts. Quand tu ajoutes une nouvelle idée à tes exercices, cela te fait voir plus de possibilités et, quand tu te retrouves sur scène, tu ressentiras les bénéfices de ta pratique dans ton jeu, cela te rend plus libre ». On veut bien le croire, car le jeu de Richard transpire la mesure et la sérénité. Assis à son kit, il opère avec ses baguettes comme un peintre devant son chevalet, par touches successives et sans accès de fureur. Pourtant, Richard ne revendique pas cette simplicité : « J’essaie de jouer sans jamais oublier le son d’ensemble, comme un producteur en cabine. Il est important, pour moi, que mon son soit équilibré, avec un beau toucher et des dynamiques. Quand je suis en train de jouer, je pense à créer un beau son »

Très altruiste, le batteur a à cœur de rendre l’écoute simple. Sa musique peut verser dans la complexité, mais elle ne sera jamais démonstrative. « Spin », le premier titre de l’album, offre une belle perspective entre la musique planante et le jeu rapide de la batterie à tempo doublé : les invectives de la hi-hat ne contredisent pas le groove général du morceau. Même chose sur « Faded », dont les mesures à 7 temps ne perturbent pas la tranquillité ambiante des accords. Richard place le groove en position central mais désire rester libre de ses mouvements. « Musicalement, je n’écrirai jamais ce que je joue. Il s’agit surtout de tenir le groove là où tu l’imagines, cela nécessite d’être au bon endroit. Il faut pouvoir penser à donner plus d’espace au groove ou à laisser de l’espace. Nous avons une idée en tête, ce que je trouve plus inspirant que de savoir exactement ce que l’on va jouer ! ». Des années aux côtés des grands noms (Guru, Flying Lotus, Gregory Porter, Bill Laurance) lui auront appris la retenue et le don de soi.


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