Allysha Joy, du groupe 30/70, a retenu notre attention avec Acadie : Raw, son premier album en leader. La chanteuse et pianiste nous partage son engagement féministe et contre le racisme, et nous parle de son album.

Comment cela a-t-il commencé avec Gondwana Records ?

Matthew Halsall a découvert ma musique via la radio Worldwide FM. J’étais en tournée en Angleterre. Il m’a contacté et je lui ai envoyé la musique. J’avais déjà fait le disque et avais l’intention de le sortir de façon indépendante. Nous avons finalement décidé de le sortir ensemble, sur son label, Gondwana Records, ce qui est bien !

Vous vouliez faire quelque chose en tant que leader ?

Dans le monde de la musique, les choses prennent très longtemps. Et c’est génial de travailler sur mon propre projet lorsque 30/70 est en tournée ou en enregistrement. Le fait d’avoir un autre projet en mouvement signifie que je peux constamment créer et développer ma propre vision. 30/70 est un projet très collaboratif, alors c’est bien d’avoir quelque chose que jusqu’à la fin.

Que signifie le titre de votre album ?

Acadie est un mot que j’ai inventé. Il symbolise le chemin que j’ai parcouru pour cet album : apprendre le piano toute seule, apprendre la production toute seule, créer ces airs à partir de rien, créer quelque chose seule et à partir de rien. Raw symbolise la même chose : c’est la réalité de ma situation actuelle. La production aussi est assez brute : elle a un son de vinyle. C’est ce que je souhaitais, parce que c’est un son assez hip hop, et que c’est ma culture.

Vous devez être fier de tout faire vous-même.

Totalement, de même que je le suis d’être impliqué dans l’aventure de la famille 30/70. Nous nous asseyons et jammons ensemble. C’est formidable de se sentir inclus et égal dans ce monde ! C’est une belle sensation.

Quelle est la différence de processus entre les deux projets ? Dans celui-ci, composez-vous tout ?

Pour 30/70, on fait une jam avant de composer ensemble. Quelqu’un vient avec une idée et nous la mettons en pratique.  C’est très libre, dans le sens où nous pouvons interpréter la musique comme on le souhaite.  Alors que dans mon projet, je viens en studio avec mes idées et j’explique au groupe comment j’imagine la musique.

Qu’as-tu commencé en premier, le chant ou le piano ?

J’ai chanté toute ma vie. Le piano, cela fait cinq ans maintenant. Et j’ai appris toute seule. J’ai toujours joué de la musique et de la batterie et chanté.

Pourquoi as-tu soudainement commencé le piano ?

Je voulais être indépendante. Je voulais être capable de jouer toute seule, ce qui était également très libérateur et stimulant. En tant que femme, vous êtes si souvent discréditée. Il est parfois difficile de faire passer votre message. Être aussi instruite que possible dans la production, la musique, la composition et l’écriture me donne plus de pouvoir dans ces situations. Les gens ont plus de respect !

Vous sentez donc beaucoup de discrimination envers les femmes dans le monde de la musique ?

C’est parfois très subtil. C’est ce qui ressort des attentes que les gens vous prêtent quand vous êtes une artiste féminine. C’est parfois assez choquant. Par exemple, les ingénieurs du son vous demanderont si vous accompagnez le groupe, si vous êtes la copine de l’un des musiciens. Ou alors, ils diront « ne t’inquiète pas pour ça, je peux le faire pour toi ». Certains m’ont dit d’autres choses que je n’évoquerai pas. Mais l’on peut aussi vous demander si vous êtes vraiment le pianiste du disque, ou si quelqu’un nous a aidé. On attend moins de vous parce que vous êtes une femme.

Vous semblez assez engagée dans votre album. Voyez-vous votre musique comme un moyen de changer les choses ? Avec le morceau « Know your Power », par exemple ?

Une grande partie de ma musique jaillit dans des moments de passion. Puis, je dois la partager avec le monde entier pour intégrer moi-même ce que j’ai exprimé. Cette chanson est née d’une situation vraiment difficile où quelqu’un qui détenait plus de pouvoir que moi en abusait et me mettait dans une position pas tenable. Cela arrive tout le temps. Lorsque, sur votre lieu de travail, quelqu’un, dont votre travail dépend, vous demande de faire quelque chose, vous le faites, même si vous n’êtes pas d’accord. Cela arrive trop souvent aux femmes et dans tous types de métiers. La musique n’en est qu’un exemple. [Elle soupire] Voilà un exemple, sans que je rentre trop dans les détails… Les femmes ne devraient pas avoir à prendre position contre ces comportements. C’est aux hommes de se remettre en question et de s’excuser.

J’ai vu que tu avais annulé un concert dans une salle parce que son patron avait dit quelque chose de raciste ?

L’Australie est un pays encore raciste dont le passé colonial n’est toujours pas vraiment admis. Il y a beaucoup de gens en Australie qui ne reconnaissent toujours pas le fait qu’il existe une communauté autochtone, et ce depuis 4000 ans. Beaucoup d’Australiens ne le savent même pas ! Le racisme est très dur en Australie. Mais j’aime penser que, la plupart du temps, l’industrie de la musique est tournée vers l’avenir. Les artistes intéressés par la société et la culture veulent être en avance sur leur temps. Dans une scène issue d’héritages africains, comme c’est le cas de la soul, des musiques du monde et du jazz, le racisme ne devrait pas du tout exister ! Ce mec a dit quelque chose de très idiot. C’était lié à une histoire diffusée dans les médias, c’était le genre de propagande contre lesquelles les artistes doivent prendre position. Parce que vous pouvez créer un précédent dans  la manière dont vous voulez que la communauté agisse. Melbourne est une ville plutôt tournée vers l’avenir. Nous espérons donc continuer à progresser.

 

Cela me fait penser à Nai Palm, qui a travaillé son instrument avant de tourner et d’enregistrer un album solo. Dans cet album, elle a défendu les peuples autochtones. Vous la connaissez personnellement.

Je connais toute l’équipe de Hiatus Kaiyoté. La scène est petite, à Melbourne et ils sont là depuis un moment maintenant. Nous avons jammé ensemble. Je suis en train de faire de la musique avec l’un des gars de Hiatus Kaiyoté. Et le disque que nous venons de sortir avec 30/70 a été mixé par Paul Bender. Ils sont comme une famille pour nous. C’est super inspirant pour moi de les voir grandir continuellement. Nai Palm est un artiste incroyable. J’apprends en la regardant ! Dans le sens où c’est une superbe instrumentiste et belle chanteuse. Elle est inspirante.

Les membres de Hiatus Kaiyoté sont plus âgés que les musiciens de 30/70.

Ce qui est très agréable ! Ils nous servent de guides ! Et nous avons également joué ensemble d’égal à égal, créant ensemble tout en bénéficiant de leurs conseils avisés. Ils vous mettent toujours à l’aise. Vous pouvez vous exprimer librement dans ces conditions !

Alors, ils vous ont aidé à grandir et à vous développer ?

Toute la scène à Melbourne nous aide. Une communauté de personnes nous entoure, où tout le monde a un rôle à jouer. Il y a des musiciens extraordinaires à Melbourne, des personnes comme Taylor Crawford, Tanika Smith et d’autres. Cela aide tout le monde à grandir et à explorer.

Tanika Smith est dans 30/70. Pas Taylor Crawford.

Taylor Crawford est l’un de mes artistes australiens préférés. C’est un génie que peu de gens connaissent. C’est génial de jouer avec lui, il est très inspirant.

 


Allysha Joy, Acadie : Raw (Gondwana Records)

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