Dans la glorieuse histoire des musiques brésiliennes depuis un demi-siècle, Miúcha fut à la fois une chanteuse, une compositrice, une muse, une sœur, une épouse et une mère. Le vide laissé par sa disparition, le 27 décembre à l'âge de 81 ans, se mesure à l'aune de ces multiples dimensions.

« Mon histoire est liée et interagit avec les histoires de beaucoup d’amis de travail  », observait dans une interview la Carioca, née Heloísa Maria Buarque de Hollanda, au moment de célébrer ses quarante ans de carrière. Ses parents étaient des intellectuels de premier rang (son père Sérgio Buarque de Hollanda fut un historien célèbre) et des opposants de la dictature militaire. Dans ses souvenirs les plus lointains, elle se rappelait que le poète Vinícius de Moraes, co-inventeur de la bossa nova avec Antônio Carlos Jobim et João Gilberto, rendait souvent visite à sa famille. La musique était partout. Elle baignait aussi ses six frères et sœurs, dont les futurs chanteurs Cristina Buarque, Ana de Hollanda (ministre de la Culture de Dilma Rousseff) et bien sûr Chico Buarque, compositeur et interprète magistral de la MPB (musique populaire brésilienne). « Nous chantions ensemble, c’était une fête », dit Miúcha pour qui Paris déclencha la suite. Elle s’y était installée en 1962, pour étudier l’histoire de l’art, et chantait parfois à la Candelaria, un cabaret du Quartier latin. C’est là que João Gilberto – déjà une immense vedette – qui était venu écouter la Chilienne Violeta Parra, découvrit sa jeune compatriote. Trois ans plus tard, ils se marièrent peu avant que naisse leur fille, Bebel Gilberto qui conquerra le monde avec son album électro-bossa Tanto Tempo (2000).

La carrière de Miúcha a vraiment débuté grâce à The Best of Two Worlds, un classique de Stan Getz et João Gilberto enregistré à New York en 1975, auquel elle participa bien que déjà séparée de son époux. Suivront deux disques majeurs avec Tom Jobim (fidèle compagnon de jeu jusqu’à sa disparition en 1994) et un live mémorable, Tom, Vinícius, Toquinho, Miúcha – Gravado ao vivo no Canecão, lequel témoignait en 1977 du triomphe international de standards comme « Corcovado », « Wave » et « Chega de Saudade ». Elle-même dira que cette tournée, qui souleva les salles les plus prestigieuses, constitua un sommet de la bossa nova jamais reconquis depuis. Plus tard, incorporant les influences des rythmes nordestins, du jazz et de la pop – voire de la chanson française – dans le réceptacle de la MPB, elle fut une interprète dévouée de Caetano Veloso, Gilberto Gil, Jão Donato ou – bien sûr – Chico Buarque, un répertoire qu’elle chérissait au point de composer rarement elle-même. Souffrant d’un cancer, elle apparaissait souvent sur les réseaux dans les photos publiés par de sa fille Bebel. L’une d’elles, postée sur Instagram en octobre dernier, montrait les deux femmes aux côtés de João Gilberto, 87 ans, toujours reclus dans un appartement de Rio. Une histoire de famille qui englobe aujourd’hui, dans la même tristesse, tous les amoureux des musiques brésiliennes.


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