« Lady Soul », un surnom qui aurait pris la forme d’un fardeau pour beaucoup d’artistes. Si ce n’était Aretha Franklin, décédée à l’âge de 76 ans, devenue l’incontournable titulaire, la personnification absolue d’un genre qui fleurit depuis l’Amérique noire avant de se propager dans le monde entier.

En tant que fille d’un prédicateur baptiste de Memphis, dans le Tennessee, Aretha Franklin, qui a grandi en chantant à l’église, avait des références que d’autres ne pouvaient que rêver ; et sa grande capacité à reformuler la joie, l’énergie électrique du gospel dans un cadre laïque, sur les traces de Ray Charles, l’une de ses sources d’inspirations, produisit une œuvre remarquable.

Ce qui fit d’elle une grande chanteuse

Les albums qu’elle a réalisé pour le label Atlantic entre le milieu des années 60 et la fin des années 70 comprenaient des joyaux tels que « Spirit In The Dark » et « Dr. Feelgood ». La capacité de Franklin à phraser avec inventivité, à nuancer son timbre ou à choisir exactement le bon moment pour ajuster son attaque a fait de « Chain Of Fools », « I Never Loved A Man The Way I Loved You », « Natural Woman » et « Spanish Harlem » des performances mémorables.

En réalité, on se focalise toujours à outrance sur la puissance de la voix de Franklin, alors que son maniement attentif, son utilisation aussi bien de la subtilité que de l’intensité, sa retenue et ses fioritures sont les véritables raisons pour lesquelles ses performances furent aussi accomplies artistiquement, et profondément touchantes.

Sur n’importe quelle chanson, elle remplit l’idéal de la voix-instrument en apportant une variété considérable à la longueur, au volume et à la texture des notes, comme on peut l’entendre sur l’incroyable coda [conclusion d’un morceau de musique] de « Say A Little Prayer For Two », où son utilisation du sotto voce – le souhait chuchoté pour la protection d’un être cher – contraste avec les grandes éruptions d’intensité qui le précèdent.

Encore une fois, les frénésies rythmiques et la décomposition syllabique sur « Respect » – « RESPECT / Find out what it means to me » – reflètent la capacité de Franklin à gérer astucieusement l’explosion de l’énergie dans un vers, qui pourrait faire d’un arrangement d’une chanson de radio de trois minutes un chef-d’œuvre miniature.

Le gospel, le jazz puis la soul, itinéraire d’une géante

Une grande partie de cet art peut trouver son origine dans sa première incarnation en tant que chanteuse de jazz au début des années 60, lorsqu’elle s’est avérée être une formidable interprète de standards tels que « God Bless The Child », « Skylark » et « Misty ». Mais Columbia Records, son label à l’époque, n’avait pas vraiment compris que Franklin pourrait être l’une des figures marquantes de la prochaine révolution de la musique soul, et ce n’est que lorsqu’elle a signé avec Atlantic, sous l’égide du producteur Jerry Wexler, que son potentiel fût pleinement soutenu.

Les instruments électriques plutôt qu’acoustiques se sont avérés être la toile de fond la plus appropriée pour la voix de Franklin, et l’utilisation de rythmiques plus dures et de grooves plus funky ont souligné la modernité de son chant, même s’il restait enraciné dans la tradition. C’est sur un morceau tel que « Rock Steady » que cela a véritablement atteint son apogée, avec ces percussions en ricochet fournies par Dr John, et ses collaborations avec les groupes de musique légendaires de Muscle Shoals et Atlantic, dirigées par le grand saxophoniste et arrangeur King Curtis, qui se classent parmi les associations capitales de l’histoire de la musique populaire.

Cela dit, Franklin n’a jamais complètement abandonné ses racines gospels, et le brillant album live Amazing Grace est devenu l’un des plus gros succès de sa carrière.

Icône des luttes

Alors qu’elle cumulait 75 millions de ventes d’albums et d’innombrables singles, Franklin n’a jamais cessé de considérer l’église comme une sorte de deuxième maison, et l’on peut dire que les traumatismes importants qu’elle a vécu à différentes étapes de sa vie, de sa grossesse adolescente aux mariages brisés en passant par des problèmes de santé, ont renforcé plutôt qu’affaibli son sens de la spiritualité.

Les liens étroits que son père entretenait avec le Dr Martin Luther King Jr. et le mouvement des droits civiques ont constitué un autre pilier de la foi qui a également marqué sa vie de manière décisive. Franklin ne s’est pas contentée de devenir une icône pour les personnes persécutées et opprimées ou les victimes de discriminations raciales et sexistes ; elle a vécu les mêmes traumatismes que beaucoup de ses admirateurs et a su sublimer la douleur à travers cette voix extraordinaire.

Quand elle chantait « Young, Gifted and Black » de Nina Simone, elle exprimait clairement une vérité aussi bien à propos de sa propre vie que celle des autres, et l’on pourrait dire que Nina Simone, qu’elle s’en soit rendue compte ou non, a réellement écrit la chanson [avec Weldon Irvine] pour Aretha Franklin, ou du moins pour que Franklin en fasse un hymne majestueux d’une réussite qui lui fût toujours destinée. Ces moments furent extrêmement valorisants pour les personnes de couleur du monde entier.

Voix du peuple

Franklin est devenue la « soul sister » idolâtrée dans de nombreux foyers noirs en raison du mélange de son charme ordinaire et de son talent divin. Il ne lui a pas été rendu un plus grand hommage que lorsqu’elle fût citer par George Clinton sur le provoquant « Chocolate City » du Parlement, dans lequel elle est adoubée « Première Dame », lors de ce moment béni où la Maison Blanche devient noire au milieu d’une banlieue blanche.

Ses performances pour des présidents comme Barack Obama sont à juste titre considérées comme des moments décisifs de sa propre vie, mais Franklin a surtout su gagner l’électorat suprême : les gens du peuple.

Franklin a continué d’enregistrer jusqu’à l’année dernière, mais son travail était assez inégal. Une de ses dernières périodes musicales dorées a eu lieu au début des années 80, lorsqu’elle fut produite par Luther Vandross et Marcus Miller. Deux beaux albums, Jump To It et Get It Right, soulignent sa place en tant que femme noire forte méritant ses « droits » dans un monde encore marqué par l’inégalité.

 

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