Youn Sun Nah parle au présent à Qwest TV et raconte son parcours à travers des échanges directs qui l'ont émue. Elle rit, hésite, et à l'occasion, dévoile comment ses chansons - véritables morceaux de vies - sont nées.

La chanteuse coréenne, qui a vécu 20 années à Paris où elle y fait ses études musicales sort l’album Immersion (Arts Music / Warner Music Group), dont elle a réservé la primeur sur scène à Paris le 12 mars dernier. Les musiciens qui l’accompagnent en tournée ne sont pas ceux avec lesquels elle a enregistré, mais ils ont tous la particularité d’être multi instrumentistes et compositeurs. Une dimension plurielle, qui se retrouve exactement dans les titres où la voix de Youn Sun Nah est démultipliée par les samples, entre jazz et psyché pop, et où la compositrice prend de plus en plus de place.

Vous avez choisi Paris pour le premier concert de votre nouvel album dans lequel la moitié des titres sont des compositions personnelles. Est-ce le signe d’une nouvelle direction ?

Pour chaque album, il y a une sorte d’excitation. Pour celui-ci, je me suis dit « C’est jamais trop tard, on peut partir de zéro à n’importe quel moment ». Pour moi, c’est un chemin que je n’ai jamais pris. Je voulais un son différent par rapport à mes albums précédents. Jusqu’à maintenant, j’ai fait des albums, en prise live, qui duraient deux ou trois jours. Là, je voulais prendre le temps, enregistrer le moment et approfondir le travail dans le studio, ce que je n’ai jamais eu le temps de faire. Parce que le jazz c’est sur le moment et jamais pareil. Pour les autres albums, je donnais ma partition aux musiciens, ils regardaient et me disaient « Ok on y va ». Puis « c’est bon, on garde ». Et parfois j’aurais bien voulu refaire, mais puisqu’ils étaient d’accord… Et puis ça me plaisait aussi de faire comme ça. Cette fois, je voulais essayer autre chose, travailler le son que j’entendais. Je ne suis pas quelqu’un qui connaît la technique et c’est ce que j’ai demandé au producteur.

Qu’est-ce que ce travail vous a permis ?

En studio, on revient en arrière, on ajoute, on enlève, en live ce n’est pas possible. Le travail en studio et sur scène c’est complémentaire. Cela peut changer aussi entre les deux et c’est ce qui me plaît aussi. Des fois sur le chemin du studio, j’entends le morceau qui peut être acoustique et je me dis essayons, parfois à l’inverse, j’ai envie qu’il soit plus électro. Avec les musiciens avec lesquels je joue en ce moment, je me dis que c’est possible.

En tournée vous jouez de manière intimiste en trio avec Tomek Miernowski à la guitare et aux claviers, et Rémi Vignolo qui passe de la batterie aux percussions, à la contrebasse et à la basse électrique. Pour l’album, vous avez travaillé avec Clément Ducol et le résultat est très samplé.

Quand j’ai rencontré Clément Ducol, le producteur, c’était à l’occasion du projet « Autour de Nina », en 2014. Pour cet album, je lui ai dit que je voulais faire des choses avec la voix. Et je lui ai donné des maquettes que j’avais fait seule chez moi avec mon ordinateur. Il m’a appelée tout de suite en me disant « J’aimerais faire un album que avec tes compos ». Et j’ai répondu que non, je voulais aussi reprendre des albums des autres, réarranger. En tout cas, il était d’accord sur le principe. Comme il est multi instrumentiste – piano, guitare, instruments électro – on était juste tous les deux, dans un laboratoire, d’où le titre de l’album Immersion. Puis après il a fait appel à un autre multi-instrumentiste, violoncelliste, Pierre-François “Titi” Dufour. Mais c’est resté intimiste. On était d’accord là-dessus de jouer avec une formation restreinte.

« Quand j’ai écrit mon premier morceau, ce n’est pas parce que je le voulais »

Quand on écoute l’album, on se demande pourquoi vous reprenez encore les morceaux des autres. Pourquoi ne pas tout composer, comme Clément Ducol vous l’a proposé ?

Je n’ai pas encore assez confiance en moi. Quand j’ai écrit mon premier morceau, ce n’est pas parce que je le voulais. Ce sont les musiciens qui m’ont poussée à écrire : « Youn, il manque des morceaux », ce à quoi j’ai répondu que j’étais chanteuse. Mais le saxophoniste et le bassiste composaient aussi. En fait mon tout premier morceau se trouve dans mon premier album qui n’est pas sorti en France, mais uniquement en Corée. Donc la première fois que j’ai composé pour le groupe, c’est « One way » (Light for The People, 2002). Les musiciens m’ont dit « amène-le, on va essayer ». Et ils m’ont aussi demandé de trouver des paroles et j’ai même écrit en coréen. Finalement on l’a mis dans l’album et cela m’a fait bizarre de l’entendre sur TSF Jazz ! Je compose de plus en plus, parce que les musiciens m’encouragent. J’arrive peu à peu à faire ce que je veux. Je suis à 50, 70 %…

Dans le titre « Mystic River », que vous composez justement, votre voix éclate, elle tonne d’une manière nouvelle.

Je n’ai jamais écrit ce genre de morceau, toujours des ballades, presque à 99 % et là, je voulais un peu crier. Et puis Rosita Kèss, la parolière est une italienne, qui habite à Brooklyn, que j’ai rencontrée dans les deux pays. Je lui ai parlé de ce morceau et elle m’a dit « Youn, j’aimerais bien écrire des paroles sur cette chanson ». Nous avons parlé des femmes, des filles, de nos vies. « Ma vie, c’est moi la patronne ». C’était assez fort et les paroles ont influencé ma façon de chanter.

Même impression forte dans « God’s gonna cut you down », où vous semblez régler le compte de quelqu’un et où votre voix, renforcée par les samples, exprime une certaine rage.

C’est très personnel. J’ai décidé de faire ce morceau parce qu’il est arrivé quelque chose à un ami, qui a souffert d’une injustice et après, la vérité, les gens n’y font pas attention. Je pense que le mot justice ne veut rien dire, parce que ça n’existe pas. Et je suis tombée sur ce morceau de Johnny Cash et oui, j’ai la rage.

« Là, je peux oser, alors que dans la vie je ne pourrais jamais parler fort ou crier »

Qu’est-ce que vous entendez dans « Invincible » ?

C’est une chanson écrite par BirdPaula, une peintre américaine qui habite en France depuis 40 ans. J’avais demandé à un ami si quelqu’un pouvait m’aider à finir les paroles d’un titre et il me l’a présentée. C’est une song writer. Elle a 70 ans, elle est extraordinaire, fait de la médiation et est très sensible aux vibrations. Nous avons parlé de ce qui venait de se produire dans ma vie, le décès de mon oncle, et celui de sa mère. Nous avons évoqué leur mort et comment nous sentons leur présence. La mort, ce n’est pas la fin du monde. On devient invincible quand on est mort et je suis presque jalouse en fait, alors que je vais mourir aussi. « You’re on your way home, you’re going home. »

Votre voix est extrêmement puissante et il y a un tel contraste quand vous dites que vous n’avez pas confiance en vous, qu’on se demande comment c’est possible.

J’ai toujours pensé que c’est moi qui suis en train de chanter, mais c’est un ensemble. L’énergie ne vient pas que de moi, elle vient des musiciens, du public, de l’environnement. J’ai beaucoup de trac avant et pendant, mais c’est le moment qui m’aide, la scène qui me donne beaucoup d’énergie, et du coup là je peux oser alors que dans la vie, je ne pourrais jamais parler fort ou crier. J’ai l’impression qu’on est entre nous, le public, les musiciens et moi, c’est une famille. Et il n’y a que nous, c’est tellement fort, comme si on était dans une église, on n’entend pas le bruit qui vient de l’extérieur, même si on joue en plein air. C’est le moment juste avec ces gens-là, ça n’arrive que cette fois, c’est le moment. On s’aime, on se pardonne, on s’encourage. Et je ressens la même chose quand je vais voir un concert, les musiciens que j’adore, on est sur le même bateau. La scène crée l’unité. Je suis un peu folle peut-être… (rires)


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