En France, nous cherchions encore les ambassadeurs d’un futur rajeunissement du public avant que Daïda ne nous la coupe avec La légende de Daïdarabotchi. Dans ce premier E.P prometteur, le quintet de Vincent Tortiller ne s’embarasse pas de manières.

En matière de jazz, les français ont eu, ces dernières années, les oreilles tournées de l’autre côté de l’Atlantique, puis de la Manche, d’où affluaient les hérauts d’un renouveau du genre et de son public. Robert Glasper et Christian Scott avaient pris un chemin marketing que Kamasi Washington a décuplé en devenant une (petite) star du grand public, figurant à l’affiche de festivals pop. Pourquoi les jeunes n’aimeraient-ils pas le jazz ? On passe ici la discussion – houleuse chez les passionnés – sur la qualité de l’offre. Avec la confirmation d’un succès solidement établi, les médias généralistes ont fini par s’y coller, relayant notamment la ferveur générée par une jeune génération de musiciens londoniens (Shabaka Hutchings, Ezra Collective, Ruby Rushton, Binker & Moses…) bien décidés à replacer le jazz dans le contexte du dancefloor et de la frénésie.

En France, nous cherchions encore les ambassadeurs d’un futur rajeunissement du public avant que Daïda ne nous la coupe avec La légende de Daïdarabotchi. Dans ce premier E.P prometteur, le quintet de Vincent Tortiller, batteur et “fils de” Franck [vibraphoniste français], ne s’embarasse pas de manières. Même histoire sur scène, où l’on découvre des musiciens attachés à montrer une face conquérante plus qu’à se regarder timidement le bout des pieds. Adieu, mal du jazz. On a compris le pêché mignon du batteur par le sourire coupable qu’il ne peut contenir quand le sujet est abordé. Le plaisir de Vincent Tortiller se love dans la mousse de vos boules quiès. « J’adore le gros son, épique au possible – j’espère que ça s’entend dans ma musique  » et précise l’origine de son épopée musicale, « je suis allé voir du côté de Princesse Mononoké de Miyazaki. Dans la mythologie japonaise, Daidarabotchi est un esprit de la forêt  », explique-t-il. Derrière le penchant assumé pour la grandiloquence de Vincent Tortiller jaillit un éclair d’intelligence musicale saine : l’absence de sectarisme dans l’admiration pour des entreprises pop à grande échelle. Du moment que la musique plaît.

Deux influences principales sont systématiquement nommées – donc assumées – dans la doxa de Daïda : Christian Scott et Radiohead. La première est une évidence que les premières notes à la trompette révèlent sur-le-champ avant que l’esthétique de l’EP ne fasse passer le trompettiste américain du rang de simple inspiration à celui de père spirituel.

« Dans l’esthétique, dans le mélange des genres et dans la production, Christian Scott m’inspire. Le but du jazz c’est de prendre des univers et de se les approprier. Et lui y arrive vraiment. C’est trap au possible, ça groove et ça joue ! Je l’ai découvert il y a cinq ans et il m’a retourné le cerveau. Dans cet EP, par exemple, « Murmurration » est inspiré d’une tourne que j’ai relevée de Corey Fonville, son batteur, sur le 1er morceau de Stretch Music. A partir de cet album, Christian Scott a beaucoup produit et c’est ça que je vise ». La deuxième influence opère dans l’architecture. « Radiohead m’inspire dans la manière de composer, dans les transes, dans les tournes et dans la ligne de voix qui est très mélodieuse ».

Au-delà prime un tropisme naturel pour des sons actuels – si ce n’est une guitare électrique que les effets ramènent étrangement aux années 70. Comme début, La légende de Daïdarabotchi préfigure l’ambition déjà donnée de son orchestrateur, Vincent Tortiller, de s’entourer pour la suite de producteurs issus du terreau électro acoustique qui nourrit son univers. « J’aimerais travailler avec des gens qui écoutent cette musique [il cite Christian Scott, Taylor McFerrin, Theo Croker…] et développer un vrai lien avec un ingé son. J’avais pensé à Guillaume Perret pour ce premier EP, mais il était finalement trop occupé. Et je veux travailler avec des mecs qui font de la prod, comme Monomite qui en a faites avec Loubensky pour Nekfeu, Jazzybazz, Myth Syzer [figures du hip-hop français]… Pour la production, ça aurait du sens  ». Attentif au son, Vincent Tortiller démontre déjà une capacité à penser en leader, aiguillant les musiciens de Daïda dans un registre précis et travaillé en amont sur des maquettes via le logiciel Ableton. « Je fais un peu chier les musiciens de la formation sur le registre du son, qui est un point d’attache, mais en dehors de ça, ils sont libres d’apporter du leur ».

Sa volonté a façonné un son de groupe, une énergie collective qui sort du schéma classique en jazz des enchaînements de soli pour privilégier un jeu d’ensemble de tous les instants, comme le grondement de fond omniprésent d’un Vincent Tortiller que les absences de solos de batterie ne font pas oublier pour autant. « Les thèmes qui précèdent des solos qui n’ont rien à voir me gonflent. C’est comme si la composition n’était qu’un prétexte au jeu. J’aime ça, mais ça me gonfle et c’est pas ce que j’ai envie de faire. J’ai envie qu’on entende ces solos plus comme des mélodies du morceau  ». Ce disque homogène à l’imaginaire bien défini augure une suite en montée majeure : pour cause, son penseur allie le goût, l’intuition et l’ambition.


Daïda, La Légende de Daïdarabotchi (Label MCO / Believe)

Concerts :

  • 18 septembre, Les Trois Baudets, Paris, France

 

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