Le groupe franco-colombien a finalisé son nouvel album au pays du currulao, une tradition ancestrale de la côte Pacifique sur laquelle il plaque l'électricité du rock et la liberté du jazz.

En Colombie, le currulao n’est pas un folklore poussiéreux de la côte Pacifique, mais un patrimoine auquel continuent de puiser les nouvelles générations. Il irrigue même le succès du groupe Herencia de Timbiquí, son rythme infiltre le hip-hop de ChocQuibTown et Explosión Negra, et la chanteuse Nidia Góngora collabore avec le producteur britannique Quantic. Mais le traitement le plus radical lui est infligé par Pixvae, une formation franco-colombienne qui fomente ses coups dans un studio lyonnais. En 2016, son premier album tradi-moderne avait assemblé marimba, tambours, saxophone baryton et guitare électrique, comme ça ne s’était jamais fait auparavant. Une hérésie qui ne demandait qu’à être réitérée sous la forme d’un nouvel opus, Cali, dont le titre désigne la destination.

On imagine la tête des Colombiens quand ils ont vu débarquer des visiteurs lyonnais connaisseurs du currulao, certes, mais désireux de lui infliger un traitement corrosif. Une initiative entreprise avec ce qu’il faut de précautions, tant cette musique charrie son lot de douleurs : sur la côte Pacifique où sont concentrés la majorité des cinq millions d’Afro-Colombiens, le currulao, son rythme ternaire et ses instruments (tambours cununos et bombo, marimba cousin du balafon) épousent l’histoire de l’esclavage. Les chants eux-mêmes, qui fonctionnent sur le principe du soliste auquel répondent les chœurs, sont typiques des cultes millénaires. Sans doute cela explique-t-il que le currulao n’est pas soumis aux mêmes relectures contemporaines que la cumbia, détournée par quantité de groupes de Bogota, de Bomba Estéreo à Systema Solar, ainsi que Meridian Brothers dont la démarche n’est très éloignée de celle de Pixvae. Peut-être, aussi, faut-il évoluer en marge de cette tradition pour l’aborder du bon côté.

Dans Pixvae qui rassemble sept musiciens sur scène, Romain Dugelay endosse le rôle de directeur artistique, actionne les claviers et souffle surtout dans un saxophone baryton qui colorise son rock à la manière du groupe Morphine. Il est aussi celui qui arrangé le répertoire, formé pour moitié de chansons traditionnelles du currulao, pour moitié de compositions originales dont trois sont signées par la Colombienne Alexandra Charry, laquelle continue de partager le « lead vocal » avec Margaux Delatour. Les bases de chaque morceau (avec la guitare de Damien Cluzel et la batterie de Léo Dumont) ont été posées aux Jafar Studios, à Lyon, en septembre. Le mois suivant, les bandes ont voyagé jusqu’à Cali pour que soient superposés percussions, marimba et voix autochtones. « Nous voulions rentrer dans le vif du sujet, et donc nous rendre en Colombie », justifie Romain Dugelay qui poursuit : « J’étais impatient de voir cette confrontation se concrétiser. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, par exemple quand nous reprenons le standard “Canto de lejos”, chanté par une Française et auquel nous ajoutons de grosses guitares saturées. Or, nous avons été très bien reçus. Les gens ont senti que notre démarche est emprunte de bienveillance et de respect. »

Même en poussant le currualao dans les retranchements du math-rock ou du jazz-core, Pixvae en conserve les éléments clés que sont le chant et les signatures rythmiques. « J’aime ce côté ternaire, ainsi que les harmonies vocales qui frottent – mineures, majeures – et dont l’impact rivalise avec la puissance de la batterie, analyse Romain Dugelay. Ces possibilités poly-rythmiques produisent une sensation de transe, comme une locomotive qui avance. » Une seule fois, dans le studio de Cali, il a voulu monter à l’envers un enregistrement de percussions, pour en expérimenter le résultat. Devant la réaction des Colombiens, il a vite senti qu’il était allé trop loin : « Ils m’ont regardé avec des yeux écarquillés. J’ai compris que j’avais touché quelque chose ayant trait à l’identité-même de cette musique. Et, effectivement, ça ne marchait pas. » La force de Pixvae réside précisément dans sa manière de combiner une musique enracinée avec l’électricité du rock et la liberté du jazz. Chaque élément tient précisément son rôle, et pourtant s’emboite comme si tout était normal. Évidemment, rien ne l’est et la sophistication est cachée sous les atours de la limpidité. C’est une sacrée prouesse.


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