Paul Wacrenier a raconté à Qwest l'ancrage blues et free jazz de la musique qu'il crée avec Healing Unit. Le quintet parisien vient de sortir Repeat please!, leur troisième album.

De Sidney Bechet à Terrace Martin en passant par Victor Feldman, l’histoire de ce qu’on appelle le jazz a été marquée par des musiciens qui jouent plutôt beaucoup d’instruments que peu. La raison pour laquelle ils pourraient chercher des cuivres, des anches, des cordes ou des claviers n’est pas toujours évidente. Paul Wacrenier, lui, sait expliquer pourquoi il joue certains instruments et pas d’autres.

« Le piano est mon premier et principal instrument. Mais j’ai toujours été attiré par de nombreux autres instruments, notamment les instruments à vent et le saxophone. En fait, je suis très intéressé par les saxophonistes du jazz. Au fond, je suis un saxophoniste frustré », confesse-t-il par courrier électronique. « J’ai commencé à jouer des percussions vers l’âge de 20 ans afin d’en apprendre davantage sur le rythme, mais j’ai tout de suite adoré l’engagement physique. J’ai essayé d’appliquer cela au piano, ou plutôt d’y transférer ce que j’avais appris sur le lien entre le toucher, le son et le rythme. C’est là que j’ai découvert le vibraphone. Je ne pense pas trop à la façon dont je devrais jouer. Ca a été intuitif dès le départ. »

 

 

Dire d’abord que Wacrenier est pianiste et ensuite joueur de vibraphone est peut-être exact, mais ce serait passer à côté de son intérêt primordial pour les aspects structurels et métaphoriques de la musique.

Un thème martelé par une paire de maillets sur des barres de métal précieux contraste avec l’écrasement des doigts sur un clavier en ivoire, deux actions distinctes pour lesquelles Wacrenier a trouvé deux images élémentaires qui font réfléchir. « [Le vibraphone] c’est la vraie liberté. C’est comme l’air », affirme-t-il. « Le piano, par contre, m’ancre dans le groove, le blues, tout l’aspect historique du jazz et c’est à travers cela que je me suis fait. C’est ma terre. »

Associés comme ils le sont à la solidité et à la légèreté, le piano et le vibraphone sont utilisés de manière saisissante dans Healing Unit. Formé en 2013, le quintet conserve sa formation originale : Wacrenier, Xavier Bornens [trompette], Arnaud Sacase [saxophone alto], Marco Quaresimin [basse] et Benoist Raffin [batterie], qui selon Wacrenier est la colonne vertébrale du groupe, d’abord et avant tout pour son dynamisme et sa capacité à garder le cap en toutes circonstances. Les enregistrements du groupe à ce jour – Music To Run And Shout, en 2013, et Repeat Please !, en 2018 – sont clairement fondés sur une compréhension de plusieurs traditions clés de la musique noire, permettant à Wacrenier de tracer des lignes de continuité entre swing et avant-garde, rappelant ainsi comment s’interconnectent ces vocabulaires riches, résumés par des musiciens tels que Archie Shepp, Steve Lacy et Mal Waldron. Le processus de reconnaissance du passé ouvre de nouvelles voies créatives au présent.

 

 

« Oui, je sais d’où vient cette musique et c’est essentiel pour moi d’en parler », dit Wacrenier. « De plus, le plus important est la signification de cette musique et les émotions qu’elle génère. Avec ce projet, je ne cherche pas nécessairement à créer quelque chose de nouveau, tant que ce type de musique reste en vie. Et comme tout être vivant, il vient de ce qui était là avant, ce qui peut mener à quelque chose de nouveau. »

« La Chanson D’Albert », dédicace à Albert Ayler, fait partie des pièces phares de Repeat Please !. Le son du saxophoniste visionnaire imprègne le travail de plusieurs des plus grands joueurs d’aujourd’hui, notamment David Murray, et Wacrenier tient à défendre plus avant l’homme qui a donné aux années 60 une énergie nouvelle avec des chefs-d’œuvre tels que Spirits and Bells

« Personne ou très peu de gens dans le monde du jazz d’aujourd’hui nieraient la musicalité et la profondeur d’Albert Ayler », affirme Wacrenier. « Je ne suis pas surpris que la musique d’Ayler ne passe pas plus souvent à la télévision ou à la radio aux heures de grande écoute parce qu’elle n’a pas été conçue pour cela. La musique d’Ayler devrait être diffusée dimanche après-midi sur un stand, à l’attention de tous ceux qui reviennent du marché. C’est censé être une expérience partagée plus qu’une écoute de personnes seules dans leurs bunkers. Les programmeurs ont trop peur des risques et ont une idée fausse du type de musique qui rassemble les gens. Les gens sont curieux et quand la musique est bonne, ils écoutent. Il suffit de ne pas leur faire peur avec des gros mots comme « free jazz » ou avant-gardiste ».

 

Et en effet, les clichés paresseux auxquels une telle terminologie est attachée sont exactement ce que Wacrenier essaie de changer, par le biais du Healing Unit et de son ensemble augmenté, le Healing Orchestra. Ses propres improvisations sont incisives mais soigneusement calibrées pour que le son de l’ensemble puisse réellement faire ressortir les sentiments de « liberté, d’extase, de joie, de révolte, de colère et de soulèvement spirituel », qui figurent tous en tête de ses priorités.

« Je suis vraiment heureux quand je reçois ce genre de commentaires sur le sentiment de joie qui est enregistré, » note-t-il. « C’était dans une certaine mesure l’un de mes objectifs, même quand je ne l’ai pas complètement fait. Bien entendu, la joie est un élément fondamental de la tradition, en fait de la plupart des traditions musicales. Cela faisait partie des débuts du jazz. Je pense que c’est une émotion très difficile à transmettre dans tout travail.

« C’est l’une des grandes forces de la musique et des musiciens traditionnels. Ils savent transmettre la joie et faire danser les gens bien plus que les musiciens contemporains. C’est peut-être pour cette raison que je m’intéresse à la musique traditionnelle…. cela me permet de me rapprocher de ce genre d’émotion. »

 


Healing Unit, Repeat Please ! (Le Fondeur de son)

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