Le pionnier sonore de 74 ans continue de tracer de nouvelles explorations comme en témoignent ses deux derniers disques sortis : Double Up, Double Up Plus et Dirt… And More Dirt.

Le saxophoniste alto et flûtiste Henry Threadgill ne compose pas seulement des musiques fantastiques ; il crée des mondes soniques, marqués par des instrumentations fascinantes, une balance équilibrée entre improvisation et composition et un don pour les titres fantaisistes.

Orchestres pour pianos

Premièrement, Threadgill donne une suite épique à Old Locks and Irregular Verbs de 2016, qui introduit une de ses dernières combinaisons, l’Ensemble Double Up, un septet présentant deux pianistes – Jason Moran et David Virelles. Cet album est marqué par la rare apparition de pianos dans la musique de Threadgill, qui a longtemps incorporé des associations audacieuses de tuba, de guitare électrique, de violoncelle, d’instruments de la famille des bois et de basse. Avant Old Locks and Irregular Verbs, il n’avait pas sorti un album piano depuis Song Out of My Trees de 1993, avec la pianiste Myra Melford aux côtés d’Amina Claudine Myers à l’orgue et au clavecin, et de Tony Cedras à l’accordéon, parmi une fourrée de cuivres, de guitare électrique, de violoncelle, de percussions et de chants.

Threadgill explique que la principale raison pour laquelle sa discographie contient si peu de musique impliquant le piano est que lorsqu’il est arrivé à New York de Chicago dans les années 70, les pianos dans de nombreux clubs de jazz étaient de mauvaises qualités. «  Les pianos étaient horribles » dit-il. « Ils sonnent comme des instruments de ferraille. La moitié des touches ne jouent pas ; ils étaient souvent désaccordés. Les propriétaires des clubs n’avaient pas de respect pour ceux qui en jouaient. Et je n’allais pas faire jouer des choses comme celles-ci à mon pianiste. »

Un univers en mouvement

Au moment où la scène de jazz newyorkaise s’est mise à bénéficier de pianos de meilleures qualités, Threadgill était passé à l’élaboration de musiques captivantes sans eux. Sur Double Up, Double Up Plus, Virelles retourne au piano. Mais à la place d’un autre piano, il joue aux côtés de deux autres pianistes – David Bryant et Luis Perdomo. Le reste de l‘orchestre est complété par le violoncelle, les percussions, le tuba, le saxophone alto et la flûte. Comme beaucoup de musiques de Threadgill, l’ensemble attache une grande importance à l’inventivité et aux présentations ingénieuses du dialogue contrapuntique. Semblable à une suite dans son exécution, les formes longues des compositions se jouent comme un jeu de société élaboré, tel le va-et-vient d’une volée de musiciens avec des motifs mélodiques succincts et des explorations antiphoniques. Ce qui est assez étrange est le fait que Threadgill n’y joue pas.

Il joue cependant sur Dirt… And More Dirt, qui présente encore d’autres ensembles enchanteurs, « 15 or 15 Kestra : Agg », un titre énigmatique sûrement plus explicite que l’on pourrait croire. Le groupe est composé de 15 musiciens engagés dans l’un des nouveaux systèmes de composition de Threadgill, comprenant des improvisations basées sur des séries d’intervalles préconçues. Ce groupe comprend aussi des pianos – Bryant et Virelles – mais à l’intérieur d’une plus grande matrice aux couches faites de cuivres, d’une guitare électrique, d’un violoncelle, d’une basse et d’une batterie. Malgré tout, la musique résiste au penchant de Threadgill pour le dialogue hyper-interactif, la démonstration à suspens de tension et de détente, et de magie polyphonique, il incarne son propre univers, ajoutant encore un autre monde à la galaxie musicale grandissante de Threadgill.

« Ils ont tous leur propre langage », dit Threadgill de ses ensembles captivants, qui datent du trio Air du milieu des années 70 (avec le bassiste Fred Hopkins et le batteur Steve McCall). « Je n’ai jamais écrit de choses juste pour leurs nouveautés. J’écris seulement de la musique qui me permet d’aller dans différents endroits. C’est pourquoi chacun de ces deux nouveaux ensembles sont différents. Comme c’est le cas pour les musiciens que je recrute, je regarde généralement les personnes qui sont très ouvertes en termes d’idées. Je n’utilise généralement pas des musiciens qui restent dans un seul monde. »


Henry Threadgill on Pi Recordings :

  • Double Up, Double Up Plus  (2018)
  • Dirt. . . And More Dirt (2018)
  • Old Locks and Irregular Verbs (2017)
  • In for a Penny, In for a Pound (2015)
  • Tomorrow Sunny, The Revelry, spp (2012)
  • This Brings Us To, vol. 2, (2010)
  • This Brings Us To, vol.1 (2009)
  • Up Popped The Two Lips (2001)
  • Everybodys Mouth’s a book (2001)

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