Minimaliste et puissant, le power trio Kel Assouf est de retour avec Black Tenere, un troisième album résolument rock dont les distos stoner amplifient les réalités contemporaines des communautés touarègues.

Traditionnellement, les hommes ne sont pas musiciens chez les Touaregs, hormis pour la flûte, instrument des bergers. Traditionnellement, les hommes dansent, tournoient et chantent des poèmes tandis que les femmes jouent du tendé et du imzad, violon monocorde classé depuis 2013 au Patrimoine Mondial de l’Unesco dont les mélodies ancestrales réconfortent et encouragent les guerriers de retour au campement. L’arrivée de la guitare dans les années 80, acoustique puis électrique, révolutionne dès lors le son des traditions tamasheq : les hommes s’en emparent et certains, dans la lignée de Tinariwen, créent une musique d’avant-garde et une arme politique.

Chez Kel Assouf, c’est par la Flying V d’Anana Harouna que convergent les luttes, concentrant « le pouvoir de la révolte, un véritable cri de rage ». Fils des plaines sableuses hyper-arides du « désert des déserts » nigérien dont il chante aujourd’hui les espoirs et les drames dans Black Tenere, Anana Harouna emprunte à 9 ans les chemins de l’exode, vers Agadez puis la Libye, comme de nombreux touaregs avant lui.

De son enfance, il chérit le souvenir d’un « espace très beau, très vivant, qui inspirait à la vie et à la liberté. Le désert était accueillant, on pouvait dormir partout, aller où l’on voulait. À cause du terrorisme, des sécheresses et des tensions géopolitiques, ce désert n’existe plus. » Avec Black Tenere, Anana Harouna veut lever le voile sur un désert crépusculaire où « les droits de la population ne sont pas pris en compte. Sur ce territoire, il n’y a pas d’eau, pas d’accès à la santé ni à l’éducation. Pourtant, ses sous-sols regorgent de richesses, des ressources naturelles dont les gens sont spoliés. »

Avant d’émigrer pour Bruxelles où il fondera Kel Assouf (« la nostalgie ») en 2006, Anana Harouna rejoint pour un temps les rangs de la rébellion touarègue entre 1993 et 1996. Les Touaregs ont toujours affirmé une indépendance et une liberté de mouvement dans les déserts sahariens, mais la colonisation française et la sédentarisation des communautés, dûe à la fin de l’activité caravanière, ont entraîné de profondes mutations dans la société touarègue. Marginalisés et divisés au sein des nouveaux états-nations tels que la Libye, le Mali, l’Algérie ou le Niger, les Touaregs mènent depuis de nombreuses rébellions dont les revendications identitaires et territoriales sont souvent violemment réprimées.

« Je ne supporte pas la violence. Ma guitare, c’est ma manière de combattre, la meilleure arme pour revendiquer nos droits » : au sang versé, Anana Harouna préfère les sons saturés du rock découvert avec Jimi Hendrix, Dire Strait et Ibrahim ag Alhabib, père-pionnier de Tinariwen, dont la poésie et le blues électrique demeurent de puissantes inspirations. Le premier disque de Kel Assouf, Tin Hinane – du nom de la flamboyante reine des Touaregs, était gorgé de multiples influences, rock, blues, reggae… au risque de s’y disperser. Mais pour Tikounen (2016) et Black Tenere, resserré en trio car « l’énergie y est plus compacte, plus puissante encore », Anana Harouna s’est trouvé un allié bien avisé : Sofyann Ben Youssef.

Si le producteur tunisien excelle dans les distorsions rétro-futuristes lorsqu’il est aux manettes d’AMMAR 808, il se met ici au service d’un rock militant, musclant les riffs de ce Black Tenere d’un son offensif, éruptif et vibrant (« Tenere », « Alyochan » ou « Ubary »). A l’orgue et au Moog SUB 37, Sofyann Ben Youssef innove et rénove les mélodies traditionnelles touarègues de ses textures électroniques particulièrement planantes lorsqu’elles embrassent la poésie des ballades nostalgiques d’Anana Harouna (« Tamatant », « Taddout »), tempérant la rage de Black Tenere sans la dénaturer.

Jusqu’à la transe, Anana Harouna chante en homme libre l’histoire et la vie d’un peuple qui ne se rendra pas, et la sienne, dont il a choisi le combat : « Au lieu de cultiver un imaginaire de carte postale, on ferait mieux de s’intéresser à qui sont les habitants du désert, à comment ils vivent, comment ils se réveillent ou s’émerveillent… Aujourd’hui beaucoup d’artistes défendent la cause de mon peuple, nous faisons découvrir notre culture à travers le monde. C’est notre mission : nous avons des micros, nous sommes des porte-voix. C’est une question de survie aujourd’hui. »


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