Pas moins de 32 musiciens sont déployés dans une myriade de combinaisons sur vingt morceaux, dont certains sont des extraits audio ne dépassant pas 30 secondes. Tout cela fait de ce travail autant une série de scènes qu’un ensemble de pistes. Le spoken word prend une place importante dans les arrangements – beaucoup de paroles sont livrées presque comme des soliloques de tribune, sinon des confessions profondes, dans lesquelles des références poétiques à la chaleur, à la lumière et à l’ombre sont fréquentes.

En voilà un extrait : « There’s a darkness that settles in the palm of her hand/It’s a darkness that knows where I am ». Un tel barbelé évoque vaguement le monde de Le baiser de la femme araignée, un film que le musicien français Wally Badarou avait mémorablement marqué de son empreinte.

Sans conteste sensuelle, la musique de Hanrahan est largement ancrée dans les rythmes afro-cubains denses fournis par ses fidèles collaborateurs, les maîtres congueros Milton Cardona, Richie Flores, Giovanni Hidalgos et Steve Berrios ; mais la contribution de figures stellaires du jazz, de la soul et du rock comme les bassistes Steve Swallow et Fernando Saunders, le guitariste Brandon Ross et les saxophonistes JD Allen et Chico Freeman, garantissent une grande finesse dans la myriade de détails harmoniques tissés autour d’un son à l’essence très dansante.

Hanrahan possède donc une signature qui est immédiatement reconnaissable par quiconque connaît les gloires passées, telles que Desire Develops An Edge ; mais son triomphe artistique réside dans les nouvelles tendances astucieuses qu’il apporte au modèle sans jamais effacer ses marques de distinction. Par exemple, l’éclatement de tambours enflammés mais néanmoins maitrisés qui alimente le mouvement douloureux de « Our Reflection In The Turbulent Heat », une histoire qui nous provoque avec des déclarations sur la façon qu’a le diable de rendre justice.  Un rappel brutal de la capacité de Hanrahan à donner des coups d’adrénaline à sa langueur cinématographique.

Cela dit, la pochette du disque a une ampleur résolument politique. Sur sa partie extérieure, une photo du drone de l’armée de l’air américain déployé en Afghanistan, au Yémen, en Somalie, au Mali, au Pakistan et au Niger. À l’intérieur, l’exécution emblématique du Vietnam.

Le contraste d’une telle horreur avec la beauté de la musique est catégorique mais il y a une congruence profondément enracinée entre les deux parce que, malgré toute l’attention portée à la nostalgie, à l’intimité et aux bégaiement de la vie, il y a la mort menaçante et la crainte sourde de la lune sans rêves. Crescent Moon Waning, une pierre précieuse pour les temps très sombres.


Kip Hanrahan, Crescent Moon Waning (Enja records/Yellow Bird)

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