Originaire de Nancy, étudiante à Berklee et seulement âgée de 19 ans, la virtuose des claviers a déjà séduit Louis Cole et Thundercat. En duo avec le batteur J.D. Beck, DOMi prépare son premier album que courtisent les labels Brainfeeder et Stones Throw. L'avenir lui appartient.

Depuis quelques mois, quand un synthétiseur traîne sur une scène américaine, il n’est pas rare d’y voir surgir deux couettes blondes. Avec Thundercat, Jacob Collier, Knower, Blaque Dynamite ou Ghost-Note, DOMi fait l’unanimité. Ça ne fait que commencer : à 19 ans, elle est déjà courtisée par des labels comme Brainfeeder et Stones Throw alors que sa carrière tient en une poignée de vidéos virales. Au rythme où elle grille les étapes, tous les possibles lui semblent ouverts.

Sans faire injure à Nancy, la capitale du duché de Lorraine est plus connue pour son festival du jazz (Nancy Jazz Pulsations) que pour les musiciens qu’elle a enfantés. Surprise donc, DOMi (Domitille Degalle de son vrai nom) y a grandi avec des parents mélomanes qui ont repéré que son grand frère, puis elle-même, possèdent une oreille absolue. « Mon frère était capable de dire quelle note jouait l’aspirateur, se souvient-elle. Pour moi, ça a pris un peu plus de temps. » Le temps est une notion relative dans le cas de DOMi qui va plus vite que tout le monde. A 2 ans, elle jouait du piano et de la batterie ; à 3 ans, elle s’amourachait du Köln Concert de Keith Jarrett : « J’entendais la sonnerie de la salle qui retentissait, puis lui qui se lançait dans une improvisation totale – ça m’a fascinée. Mes parents me faisaient étudier la musique classique et ça me saoulait. Je voulais improviser comme Keith Jarrett, pas passer mes journées à lire des partitions. »

Sa scolarité s’est résumée à une semaine en maternelle. Sortie du système par ses parents désireux de la voir intégrer le conservatoire le plus tôt possible, elle a suivi des cours par correspondance pour consacrer un maximum de temps à la musique. Son écoute, surtout : « Je passais ma vie sur YouTube, Deezer ou Spotify pour dévorer les catalogues de Blue Note et ECM. Je tapais le titre d’un standard pour en connaître toutes les versions, j’allais de Louis Armstrong à Robert Glasper en passant par Jonathan Kreisberg. » Les voisins ayant demandé de mettre la batterie en sourdine, elle s’est aussi concentrée sur la composition… à 5 ans : « J’écrivais sans piano, juste avec ma tête, en remplissant des partitions. » Passée par le conservatoire de Strasbourg, DOMi était adolescente quand elle a postulé – la même semaine – aux concours d’entrée du CNSM (le conservatoire de Paris) et du prestigieux Berklee College of Music, à Boston. Évidemment reçue dans les deux cas, elle est restée en France quand les Américains ont découvert qu’elle n’avait pas encore son Bac, contrairement à ce qu’elle avait déclaré… Partie remise : un an plus tard, Berklee l’a recontactée pour lui proposer d’intégrer l’école en bénéficiant d’une bourse présidentielle exceptionnelle de 65 000 $, couvrant les frais de ses quatre années scolarité.

Aujourd’hui en passe de terminer sa troisième saison à Berklee, DOMi se souvient de son arrivée à Boston : « Le premier jour, alors que je ne parlais même pas anglais, j’ai participé à une jam, j’ai été filmée et la vidéo a totalisé un million de vues. Le premier dimanche, on m’a demandé de jouer du gospel, dans une église proche de Berklee. Je l’ai fait, sans partitions, et je continue de le faire chaque semaine. J’aime m’adapter à toutes les musiques, à l’oreille, sans me poser de questions. » Les réseaux assurant sa publicité, son téléphone s’est bientôt mis à sonner. L’un des premiers appels est venu de Robert « Sput » Searight, le batteur de Snarky Puppy, fasciné par la virtuosité de cette jeune Française capable de dérouler des improvisations débridées entre jazz et funk. En janvier 2018, il l’a introduite au NAMM Show, le plus grand salon professionnel de l’industrie musicale qui se tient chaque année à Anaheim, en Californie. DOMi y a fait la connaissance du batteur J.D. Beck (originaire de Dallas comme Sput), autre génie précoce – il n’a que 15 ans. « Le mois suivant, il m’a invitée à Dallas où il jouait pour l’anniversaire d’Erykah Badu. On a jammé non-stop jour et nuit, il m’a montrée comment fonctionne Instagram et on a posté quelques vidéos. En un an, nous sommes passés de 100 à 50 000 followers. »

 

DOMi ne s’était encore jamais servie de son compte Instagram que lui avait ouvert… Louis Cole, moitié du duo Knower avec Genevieve Artadi. Encore l’une de ces rencontres qui parsèment son jeune parcours comme autant de signes du destin en train de s’accomplir. « Nous nous sommes connus à Paris et il m’a recontactée quand il est venu jouer à Boston. Nous nous sommes retrouvés en after, avec Genevieve ainsi que Jacob Collier avec qui j’étais en répétition. Ça s’est terminé en bataille de patates rôties et c’est comme ça que nous sommes devenus proches. J’ai beaucoup écrit avec Louis et il m’a fait écouter des gens comme Thundercat et Flying Lotus que je ne connaissais absolument pas. Je lui dois surtout le fait de ne plus me soucier de l’avis des gens. » Dans la classe du contrebassiste Riccardo del Fra au CNSM, DOMi avait étudié le jazz en profondeur, mais elle avait aussi essuyé les critiques de ses puristes. « A l’inverse, aux Etats-Unis, tout le monde m’a dit : “Vas-y !” » Elle y est allée, troquant l’académisme pour l’excentricité, et son look casual pour des pyjamas fluo. « C’est Thundercat qui me l’a dit : “Tu veux monter en maillot de bain sur scène ? Fais-le !” » Le bassiste, avec qui elle avait jammé à Los Angeles en compagnie de Sput, l’a même invitée pour former un trio dévastateur avec le batteur Justin Brown, lors d’un concert à Brooklyn. C’est dire la confiance qui lui est désormais accordée.

Alors que DOMi et J.D. Beck ont aussi constitué un trio avec MonoNeon (bassiste de Ghost-Note), les prochains mois seront décisifs pour le duo. Outre la tournée américaine et les festivals qui se profilent, un premier disque est en cours de composition dans la chambre du jeune batteur. Stones Throw et Brainfeeder se sont déjà positionnés pour sortir – fin 2019 ou début 2020 – cet album où figureront des invités du calibre de MonoNeon, Thundercat et Casey Benjamin (pilier du groupe de Robert Glasper). Pour l’instant, tout réussi donc à DOMi. Mais elle sait aussi qu’elle sera attendue au tournant : « On a la pression. Il faut qu’on fasse un truc monstrueux ! »


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