Le producteur guadeloupéen Henri Debs a influé sur les musiques antillaises pendant quatre décennies. Une compilation signée Hugo Mendez et Emile Omar, en trois volumes dont le premier (1960-1972) vient de sortir, revient sur cette histoire où l'on croise aussi Casimir Létang, Guy Conquette et le Ry-Co Jazz.

Que serait la musique antillaise sans Henri Debs ? Peut-être précisément ce que l’on connait d’elle, de la biguine au zouk. Mais lui-même avait une idée arrêtée sur la question, quand il placardait sur les disques qu’il produisait dans les années 1970 : « Disques Debs, sauveur de la musique antillaise – Si on la défend de nos jours, c’est que Debs l’a sauvée jadis. » Une compilation aide à faire la part du slogan publicitaire et de la réalité. Disques Debs International – An Island Story : Biguine, Afro Latin & Musique Antillaise 1960-1972 est le premier des trois volumes qui raconteront cette saga, jusqu’au milieu des années 1980. Un travail que l’on doit à Hugo Mendez (Sofrito) et Emile Omar (Tropical Discoteq) qui ont plongé leurs oreilles dans les cartons de 45-tours – les bandes ont été détruites – où figurent les noms de Raymond Cicault et son Orchestre Volcan, Sydney Lérémon et ses Amis du Calvaire Baie-Mahault, ou encore Dolor et les Diables du Rythme.

L’histoire commence en 1932, quand Henri Debs nait à Pointe-à-Pitre dans une famille d’origine libanaise. Il grandit parmi cinq frères et trois sœurs et se passionne pour le vélo, au point de perdre son premier boulot parce qu’il participe au Tour de Guadeloupe. Vendeur ambulant sur les trottoirs de la ville, musicien autodidacte (flûte, saxophone, guitare), il intègre à 20 ans El Calderon Jazz, le meilleur orchestre de l’île. Devenu gérant d’un magasin de vêtements, les clients se passionnent de la musique qu’il y diffuse, si bien qu’il décide de leur vendre aussi… des disques. Puis d’aménager un studio d’enregistrement dans l’arrière-boutique, où débute l’aventure des Disques Debs en 1959. Biguines, boléros, tangos, cha-cha-cha, reggae ou zouk, le catalogue totalise plus de 300 singles et 200 albums en un demi-siècle.

« Henri Debs était un pragmatique. Avant toute considération artistique, il voulait que ça marche », estime Emile Omar tout en saluant le génie d’un producteur qui, après avoir débuté sur un matériel rudimentaire, aménagea un studio à la pointe de la technologie dans les années 1970 : « Grâce à lui, des musiques antillaises sonnent aussi bien que les productions new-yorkaises de la même époque. Il était tous les jours en studio de 15h à 1h, il savait repérer une bonne chanson et il sortait jusqu’à deux albums par mois en 1976. Ce n’est pas pour rien qu’il a tenu quarante piges, pendant que tous les autres labels se cassaient la gueule. » La compile couvre une décennie marquée par l’éclectisme, où l’on entend à la fois des grands orchestres (Esperanza, Caribbean Jazz), le poète Casimir “Caso” Létang, des grandes figures comme Vélo et Guy Conquette, le standard « Si I Bon Di I Bon » du Ry-Co Jazz, des artistes haïtiens ou trinidadiens en escale, et même deux titres de Debs lui-même. Lequel, même s’il lança Zouk Machine et Tanya Saint-Val, a raté le virage du zouk au tournant des années 1980, alors que son frère Georges produisait le premier Kassav’. Resté influent aux Antilles comme en métropole (il a possédé un magasin de disques à Paris), tantôt adulé ou décrié, Henri Debs fut unanimement salué au moment de sa disparition en 2013. Les deux prochains volumes de Disques Debs International – An Island Story (sortie en 2019) promettent de rendre hommage à l’ensemble de son œuvre.


Disques Debs International – An Island Story : Biguine, Afro Latin & Musique Antillaise 1960-1972 (Strut Records / Differ-Ant)

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