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Pi Recordings sort le double album We Are on The Edge à l'occasion des 50 ans de l'Art Ensemble of Chicago !

Une célébration de la fierté noire

Ce titre peut être lu de plusieurs façons. L’une est un sous-texte possible d’une période sombre, lecture somme toute réaliste d’un monde pro-capitaliste post-colonialiste. Pourtant c’est à une époque où les présidents ne tweettaient pas et où la télé-réalité était encore un fantasme que la poète Moor Mother, l’une des nombreux invité.e.s du groupe précurseur de la musique américaine de la fin des années 60, nous dit de nous lever et de combattre le pouvoir.

Ce qui est à portée de main, c’est la victoire. Elle a toujours fait partie de l’esprit de l’Art Ensemble, depuis sa naissance dans le creuset de l’AACM. Message To Our Folks, A Fanfare For The Warriors et Full Force ne sont que quelques-uns des albums qui célèbrent la fierté noire et la résistance à une société qui tente de réduire au silence la « minorité bruyante » .


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Ce nouveau coffret de 2 CDs célèbre le 50e anniversaire du groupe fondé par Roscoe Mitchell et co-présidé par le batteur Famoudou Don Moye. Il comptait également dans ses rangs le trompettiste Lester Bowie, le saxophoniste Shaku Joseph Jarman et le bassiste Malachi Favors Maghostut, et bien que ces âmes disparues soient irremplaçables, l’immense liste de leurs collaborateurs comporte un si grand nombre de personnalités fortes [Nicole Mitchell, Tomeka Reid, Fred Berry, Titos Sompa, Dudu Kouaté, entre autres] qu’il est difficile d’imaginer qu’ils ne lèvent pas le pouce depuis les rives du Jourdain, cet endroit sacré de la culture noire.

On trouve dans le coffret une session en studio et l’enregistrement d’un concert au Edgefest à Ann Arbor, dans le Michigan – et les 19 pièces soulignent clairement que l’Art Ensemble of Chicago a un vocabulaire musical breveté, qui n’en reste pas moins un point de départ pour de nouvelles aventures sonores. En termes réels, cela signifie que des percussions denses bruissent dans une section rythmique dirigée par Moye et complétée par des batteurs à main et des cordes zélées. S’y ajoutent des lignes de soufflants-gymnastes tournoyantes, marquées et exécutées avec la fougue habituelle de Mitchell.

Une tradition propre

Fidèle à sa philosophie de la « Great Black Music : From Ancient to Future », l’Ensemble allie tradition et modernité dans des arrangements qui entraînent le lexique du big band dans de nouveaux zigzags mélodiques énergiques et apportent à la ballade des harmonies complexes qui intrigueraient de nombreux compositeurs électroniques contemporains. Une fraîcheur vivifiante est maintenue lorsque sont revisités certains des classiques du groupe tels que « Chi Congo », « Jamaica Farewell », et le thème durable « Odwalla ». Ces compositions rappellent que l’AEC est en mesure de créer des normes selon ses propres termes, plutôt que d’adhérer à un recueil de chansons jugé excellent par une autorité tierce. Cela dit, opposer les mérites d’« Odwalla » à ceux de « My Favourite Things », par exemple, n’est peut-être ni ici ni là, parce que le premier, avec sa dérive obsédante de notes, est une grande complainte dans tous les domaines de la musique.

Le raz-de-marée d’énergie suscité par le concert d’Ann Arbor est bien connu de tous ceux qui ont vu le groupe au cours de son demi-siècle d’existence, mais c’est aussi un bel exemple de la façon de garder l’équilibre et la clarté dans un orchestre de 14 musiciens, qui se targue d’avoir trois puissantes contrebasses.  Le doyen de l’Art Ensemble, Roscoe Mitchell impose sa forte personnalité sur les deux disques par un souffle qui, aidé d’un phrasé fortissimo précis et d’une capacité à trouver des nuances dans le registre aigu, attrape l’oreille.

La lutte continue

Moor Mother, dont le travail solo a transformé une série de virages stimulants, pris par le groupe, en territoire afro-futuriste, n’est rien d’autre que provocatrice et perspicace face à l’état dysfonctionnel et discordant du monde à l’époque de Donald Trump, au mouvement Me too et à l’inquiétant continuum de l’oppression qui remonte jusqu’au temps de l’esclavage. « Le sang coulant de la course des rats, du temps passé en prison, du temps passé dans les plantations, tonnerre-t-elle, échappant aux fermetures… refusant de créer une nouvelle main-d’œuvre… nous sommes au bord de la victoire et le chœur chante en arrière-plan. Nous sommes au bord de la victoire ! »

En d’autres termes, la lutte continue, mais comme l’Art Ensemble of Chicago l’a laissé entendre il y a cinquante ans avec l’enregistrement à Paris du sublime People In Sorrow, il ne peut y avoir d’apitoiement rétrograde sur le long et sinueux chemin vers un nouvel avenir.

 


Art Ensemble of Chicago, We Are On The Edge (Pi Recordings)

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