Un rappeur à l’âme torturée, Mac Miller aura eu un parcours marqué par la grandeur et la décadence. Après une réussite précoce et la confirmation de sa singularité artistique, sa carrière s’est achevée le 7 septembre au terme de plusieurs années d’excès. Le rappeur, né Malcolm McCormick, avait 26 ans.

Pour la beauté de la musique

Lors de sa dernière prestation publique, Mac Miller fit siennes les règles du Tiny Desk Concert. Derrière les bureaux, livres et autres babioles qui composent cet espace privilégié, un groupe de musiciens neo-soul lui donnaient la réplique, Thundercat faisait groover sa basse le temps d’un morceau. « Music is a beautiful thing ! », s’esclaffait le jeune rappeur. Ses simagrées ne trompaient pourtant pas : Mac aimait la musique, il avait l’oreille affûtée. Multi-instrumentiste autodidacte, c’est sous son alias Larry Fisherman qu’il opérait en tant que producteur, une maturité qui ne peut s’apprécier qu’à la lumière du chemin parcouru par le jeune artiste.

S’arroger l’accompagnement du jazz friserait presque avec l’anachronie dans le hip hop contemporain, a fortiori pour une personne de sa génération. Ce fut d’autant plus remarquable que son pedigree ne le destinait pas à une telle percée. Né dans la classe aisée blanche américaine, ses débuts dans la musique se déroulent sans velléité de grandeur. Lorsqu’il sort K.I.D.S en 2010, l’attitude est à la rigolade et aux fêtes estudiantines. Il n’a alors que 18 ans. Sans se départir de sa bonhommie, la maturation arrive sur les projets suivants, notamment Watching Movies With The Sound Off (2013) et GO:OD AM (2015). Son identité s’en verra renforcée, musicale aussi bien que psychologique.

Conscience musicale et conscience de soi

Il existe une filiation entre les propos engagés et le hip hop jazzy, une filiation que l’on retrouvait chez les Native Tongues et les Soulquarians. Paradoxalement, cette filiation n’aura pas accompagné la maturation de Mac Miller, ses textes n’ayant quasiment jamais été chargés politiquement. Certains y verront le privilège de l’homme blanc. Lui-même concédait que les biais raciaux avaient joué en sa faveur.

Individualité et conscience de soi furent au fondement de sa sensibilité. Opérant dans un espace clos, sa musique ne ressembla jamais à celle de Wiz Khalifa malgré leur promiscuité géographique et professionnelle. Lors d’une conversation avec Ali Shaheed Muhammad du groupe A Tribe Called Quest, une de ses influences majeures, le jeune rappeur plaidait pour un retour à soi : « It’s OK to feel yourself  ». Mais de manière contradictoire, cette focalisation concentrait également son sentiment d’emprisonnement, une claustrophobie provoquée par ses propres pensées. «  I’m still trapped inside my head » (« The Star Room »), avouait-il en 2013. Cinq ans plus tard, même combat : «  I just need a way out of my head » (« Come Back To Earth »). Mais même quand la raison lui fit défaut, il continua à mettre du coeur à l’ouvrage.

Un rappeur à cœur ouvert

En dépit de sa bonne humeur constante, Mac Miller n’avait jamais caché son addiction aux drogues et ses tendances dépressives. « My sanity go down when my cash go up », rappait-il en 2015 (« Ascencion »). Frappé de plein fouet par le succès de son premier album (Blue Side Park, 2011) qui réussit l’exploit de se placer en tête des ventes américaines, il apprit à se méfier des réseaux sociaux : l’amalgame entre sphères privée et publique le mettait mal à l’aise. Mais les deux sont-ils réellement dissociables ?

Sa relation avec Ariana Grande le propulsa sous les feux des projecteurs en même temps qu’elle représenta une rupture dans sa discographie. The Divine Feminine (2016), véritable ode à l’amour pluriel, est un album plus soul/RnB qu’il n’est hip hop. «  I opened up your legs and go straight for your heart  » (« Skin ») est la manifestation lyrique la plus vraie de son ressenti à ce moment. Mais on n’est jamais plus exposé qu’en étant amoureux.

Le flegme de Mac Miller masquait l’intensité de ses entreprises, sentimentales, illégales et musicales. Il eut accès à un monde auquel peu de jeunes artistes peuvent rêver : Robert Glasper, Flying Lotus, Bilal, Pharrell, Dam-Funk, Keyon Harrold. Cette liste constituera sa meilleure épitaphe.


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