À la suite de la sortie de son troisième album cette année, nous avons discuté avec le célèbre poète du rap, Milo, pour nous expliquer comment le jazz a influencé sa musique, pourquoi la construction de mythes est importante dans le hip-hop et pourquoi il n'enregistrera plus sous le nom de Milo.

2018 a été une année record pour Milo. Reconnu pour ses paroles intelligemment composées et ses tendances en matière de production expérimentale, le MC et le producteur ont commencé en janvier avec le dernier opus de sa série de parutions Scallops Hotel, le nez souverain de notre visage arrogant. Après avoir trouvé le temps d’ouvrir le magasin de disques Soul Folks et le centre communautaire qu’il dirige à Biddeford, dans le Maine, il a présenté le projet collaboratif Nostrum Grocers aux côtés d’ELUCID cet été. Maintenant, budding ornithologists are weary of tired analogies, qui sera le dernier album sorti sous le nom de Milo.

Quand avez-vous commencé à écrire des budding ornithologists are weary of tired analogies  ?

En fait, j’ai commencé à écrire cela avant d’être un rappeur professionnel. J’ai ce titre en tête depuis mes 16 ans. J’allais appeler ma première mixtape comme cela, mais l’un de mes meilleurs amis est mort à ce moment là et ça a tout changé. J’ai intitulé la mixtape I Wish My Brother Rob Was Here en son honneur et n’ai gardé budding ornithologists are weary of tired analogies que comme le titre d’un morceau.

Et tu as gardé le titre dans un tiroir pendant toutes ces années ?

Oui, je me sens juste comme un artiste qui revient, sept ans plus tard, à ce qu’il voulait faire. j’ai toujours voulu me placer dans la filiation du néo-hoo-dooïsme [Ismaël Reed] des débuts. C’était mon monde, c’est de là que je viens. Et, ce titre, pour moi, l’exprime parfaitement. J’ai pensé que c’était très cool quand j’avais 16 ans, et j’en suis toujours convaincu à 26 ans.

Quand vous avez dû sélectionner les beats que vous utiliseriez pour budding ornithologists…, recherchiez-vous une certaine ambiance ?

Absolument. Je cherchais des trucs que j’aime écouter et ces instrumentaux sont des choses que je peux écouter avec mon fils dans les parages – rien de trop fou ou de trop excitant, tu vois ? Quelque chose qui nous met de bonne humeur et que je peux passer en présence de ma famille.

« A 16 ans, Charlie Parker était le mec le plus stylé pour moi »

Les productions ont, en très grande partie, l’air d’être très influencées par le jazz.

Carrément ! Depuis que j’ai quitté l’université, le jazz a été ma principale influence. Dans chaque album, cela se voit un peu plus à mesure que je grandis et que je travaille cela. J’espère que cette ambiance jazz se fait entendre !

Quels ont été certains des premiers disques de jazz ou artistes qui vous ont initié à la musique ?

C’est très facile : je viens de Chicago, donc Kurt Elling est le chanteur préféré de ma mère. Elle l’a beaucoup écouté pendant ma jeunesse. Cet homme a tellement d’âme et de charisme ! Il est cool ! Je pense au Live In Chicago [ndlr: enregistré au Green Mill]. Ce disque a probablement beaucoup influencé budding ornithologist. Mais aussi, Man In The Air ! Ces deux albums montrent comment le hip-hop devrait sonner selon moi ! Ce sont des albums de jazz mais c’est à la façon qu’il a eu de tout synthétiser que je m’intéresse. J’aimerais qu’il ait un sampler sur scène – il n’a qu’un groupe.

Il y a aussi eu Phil Ranelin et son groupe The Tribe. Ils ont vraiment eu un impact énorme sur ma façon de chanter. Et Leon Thomas, ce mec ! Mon dieu ! La façon qu’il a de simplement lâcher sa voix dans les airs, d’embrasser tout le spectre de ce qu’elle peut faire – et pas seulement les belles choses – et d’incorporer tout cela est magnifique.

Te verrais-tu enregistrer un album avec un quartet de jazz ?

Ouais, je n’ai simplement pas d’argent et je n’ai pas de quartet de jazz ! Mais si un quartet de jazz qui n’a pas besoin d’argent veut le faire, je serais complètement partant ! Ouais, c’est probablement ce que je devrais faire.

La référence aux « ornithologues » dans le titre du nouvel album a-t-elle un lien avec Charlie Parker ?

Mille pour cent. Quand j’avais 16 ans, j’ai trouvé le titre et Charlie Parker, je pensais que c’était le « cat » le plus cool. J’étais à fond dans son trip !

« Nous devons aller au-delà du littéral, au-delà de l’exact »

L’album s’ouvre avec une citation sur la construction du mythe. Pourquoi cette idée vous intéresse-t-elle ?

C’est le seul moyen de riposter en tant qu’artiste, en particulier à l’ère numérique où tout est parfaitement enregistré, photographié, mémorisé, etc. Nous devons aller au-delà du littéral, au-delà de l’exact, car tout est exact. Vous pouvez dire : « J’ai vu le tweet écrit, il disait da-da-da-da-da-da. » Mais en écrivant de façon plus codifiée, en introduisant du mythe et des discours poétiques, cela me donne un point pivot autour duquel tout se construit.

Il est intéressant de noter que cet album n’a pas été aussi critiqué que d’autres trucs que j’ai fait parce que, en partie, en prenant le chemin du mythe je me moque de la critique et de l’idée d’un récit exact. J’aime que le mythe soit mouvant – et finalement, ce mythe est tout ce que tout cela va devenir.

En tant qu’artiste intéressé par l’agencement et la liberté et cherchant vraiment à comprendre ce qu’est le rap, je dirais que c’est un mythe. Tout le monde ne s’en rend pas forcément compte en le faisant, mais je le sais et je le dis juste en public, ce qui rend mon processus transparent.

Vers la fin de budding ornithologists… vous avez une chanson basée sur l’artiste Reggie Baylor qui explique comment un artiste passe d’un point à un autre. Est-ce que c’est quelque chose auquel vous pensez souvent quand il s’agit de hip-hop ?

Non, je devrais y penser plus. C’est pourquoi cela m’a frappé. En fait, je connais très bien l’artiste – c’est un vrai pote et je l’admire – et l’entendre parler d’art comme cela m’inspire beaucoup. Honnêtement, je n’y pense pas assez, et je devrais y penser davantage. Il est parfois difficile pour moi de penser à des objectifs. A part la liberté et la possibilité de concrétiser les idées qui me viennent à l’esprit, je ne sais pas quels sont mes objectifs dans le rap ! Quand ça ne marche pas, je me dis que je dois être plus déterminé pour y arriver, plus organisé. Mais en étant réaliste, je sais que ce n’est pas mon processus.

L’album se termine par un couplet où tu rappes une citation de Walt Whitman. Qu’est-ce qui a marqué ses paroles ?

Oui ! Je l’ai trouvée chez Kurt Elling ! Dans l’incroyable album The Sleepers, qui est basé sur un poème de Walt Whitman, où une flûte joue et rend le moment magique ! Mais j’en ai fait un moment hip hop très ténébreux.

J’aime que nous soyons dans une époque où les références sont importantes. Les gens diront que ma musique est pleine de références – puisque ce n’est pas le cas de toute la musique ni même des médias. C’est quelque chose qui me fait vraiment triper ! Dans le rap, pour je ne sais quelle raison, quand vous vous concentrez là dessus, les gens prennent le temps d’écouter, donc j’aime faire cela en ce moment :  je récupère une phrase de trois autre types. Comme si je pouvais sauter une pierre et en tant qu’écrivain l’avoir frappé trois fois, je suis là-dedans.

De Milo à son futur moi

budding ornithologists … sera-t-il le dernier album à ne jamais sortir sous le nom de Milo ?

Je confirme.

Qu’est-ce qui vous a amené à prendre cette décision ?

Je l’ai prise en sortant who told you to think ? ? ! ! ? ! ? ! ? !  Il semblait juste que l’arc pointe vers cela. [Milo] est un projet très humble, commencé par un débutant sans limites et j’aime cela. J’aimerais préserver cette idée telle quelle, or je ne suis plus le même !  Je me suis bien entraîné ; artistiquement, je sais comment exécuter la plupart de mes idées ; je sais comment se construire une audience et je sais comment gagner ma vie de ça. Maintenant je veux travailler sur un projet qui incarne la nouvelle personne que je suis dès le départ !

Quand les gens auront-ils la possibilité d’entendre la prochaine étape de votre évolution ?

Je ne suis pas sûr parce que je ne suis pas tout à fait sûr de ce que cela implique. Je ne parle pas seulement de musique. Je gère un magasin de disques qui fonctionne très bien ! J’ai déjà embauché deux employés et nous n’avons ouvert qu’en avril ; je ne peux pas y stocker assez de disques alors que c’est dans le Maine ! Maintenant, j’envisage d’ouvrir des restaurants à Los Angeles et un endroit à New York. J’aimerais travailler à plus grande échelle maintenant, donner plus d’ampleur à mes idées.

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