La chanteuse s'est imposée dans un milieu machiste, au point de signer de nombreux succès dans les années 1970. Icône carioca et inlassable militante, elle est décédée à l'âge de 72 ans.

« Le milieu de la samba est à la fois machiste et matriarcal. La femme a un rôle très important, et pas seulement dans la cuisine. Depuis toujours, ce sont les chanteuses qui choisissent les sambas interprétées dans les écoles. La femme est fondamentale, elle est un point d’équilibre, la meilleure preuve étant le respect des hommes pour leurs mères et grand-mères. (…) Et moi, tout au long de ma carrière, j’ai tenté de m’affirmer en tant que femme, de conquérir mon espace, sans pour autant oublier d’être une personne bienveillante. Ce n’est pas un hasard si je suis devenue la marraine de beaucoup de gens qui sont apparus dans ce milieu.  » Ainsi parlait (dans une interview à UOL) Beth Carvalho. La « marraine de la samba » s’est éteinte le 30 avril, à 72 ans, dans un hôpital de Rio où, selon son agent Afonso Carvalho, elle était « entourée par l’amour de sa famille et de ses amis ».

 

Beth Carvalho fut une icône de Rio de Janeiro où elle est née, où elle a vécu et dont elle a loué la beauté dans ses chansons. Dans les années 1960, la jeune femme commença par fréquenter les réunions de bossa nova à Ipanema. Chanteuse, guitariste et compositrice, elle y puisa l’inspiration de son premier album, Porque morrer de amor ? en 1964. Mais c’est bien dans la samba qu’elle est devenue une immense vedette, d’abord sur le répertoire populaire des compositeurs de Salgueiro et Mangueira, sur les compositions de Nelson Cavaquinho et Cartola, puis dans les années 1970 en interprétant des succès comme « Saco de feijão », « Vou festejar », « Acreditar », « Depois da madureira » ou « Coisinha do pai » qui fut choisie en 1997, par les ingénieurs de la NASA, pour « réveiller » leur robot Sojourner avant une journée de travail sur Mars. Beth fut surtout l’une des premières Brésiliennes – après Dona Ivone Lara – à être reconnue dans un domaine très masculin, ainsi qu’une des premières chanteuses (avec Clara Nunes et Alcione) à vendre autant de disques. Son talent fut aussi de révéler des artistes tels que Zeca Pagodinho ou le groupe Fundo de Quintal.

La force avec laquelle Beth Carvalho brisa les tabous est aussi celle qui anima ses convictions politiques. « Avant d’être une chanteuse, je suis une citoyenne », disait-elle. Elle se souvenait avoir pleuré pendant une semaine quand le président Getúlio Vargas – surnommé le « père des pauvres » – s’est suicidé en 1954 (elle avait 9 ans). Elle se souvenait surtout de l’incarcération de son père militant de gauche, au moment du coup d’Etat militaire de 1964 – Beth dût alors s’improviser professeure de musique pour subvenir aux besoins de sa famille. « La samba est de gauche, elle est le peuple. Nelson Sargento est de gauche, Cartola aussi l’était », déclara-t-elle en 2015 à la Folha de S. Paulo. Alors que des portraits de Che Guevara et Hugo Chávez étaient accrochés dans l’entrée de sa maison, elle apporta son soutien indéfectible aux présidents Lula puis Dilma Rousseff, et s’engagea évidemment dans le mouvement #EleNão des femmes opposées au candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, désormais président du pays.

Mariée en 1979 avec l’international brésilien Édson Cegonha, le football était une autre de ses passions. Dans une interview à Brasil de Fato, elle analysa : « Nous avons le meilleur football du monde, et vous savez pourquoi ? Grâce à la samba. Les joueurs ont cette malice et ce jeu de jambes qu’aucun autre joueur n’a dans le monde. Même pas Messi. Ils n’ont pas ce jeu de ceinture qu’a Neymar, qu’ont les joueurs brésiliens. Ce jeu de jambes vient de la samba. » Elle fut une supportrice acharnée de Botafogo – « Esse é o Botafogo que eu gosto », chantait-elle. Quelques heures après son décès, son corps a été exposé au siège du club, sous les drapeaux alvinegros, et sur une table aux couleurs de Mangueira, son école de samba préférée. Depuis plusieurs années, elle souffrait de douleurs dorsales qui l’avaient contrainte, en 2009, à annuler un show pour le réveillon sur la plage de Copacabana. En 2018, elle avait donné un show historique, avec le groupe Fundo de Quintal, allongée sur un lit pour interpréter ses plus grands succès. Le 5 mai, elle devait monter sur scène pour son anniversaire mais une infection généralisée ne lui en a pas laissé l’opportunité.

 

Les plus grands noms de la musique brésilienne se sont empressés de lui rendre hommage, depuis Caetano Veloso saluant « l’une des plus grandes expressions de notre culture » jusqu’à Marisa Monte selon laquelle « au milieu de tellement de lâchetés et dans un monde aussi masculin que celui du samba, Beth Carvalho a toujours ouvert des chemins pour les femmes ». Gilberto Gil, Gal Costa, Paulinho da Viola, Elza Soares, Martinho da Vila, Djavan, Hamilton de Holanda, Daniela Mercury, Marcelo D2, Roberta Sá, Johnny Hooker, Maria Rita, Alcione, Lenine… Les messages attristés ont afflué. Toutes expressions et générations confondues, Beth Carvalho sera regrettée pour sa musique, sa générosité ou ses convictions. Mais on attend toujours la réaction de Jair Bolsonaro.

 


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