L'album Lower East Suite Part Three boucle une trilogie sur le Lower East Side en phase de gentrification. Fondé par Isaiah Barr, le jeune collectif tire aussi le fil du jazz new-yorkais, des audaces free jusqu'aux boucles rythmiques des nouvelles esthétiques.

En début d’année à New York, Onyx Collective était programmé au Bowery Ballroom, sur le même plateau que Lakecia Benjamin et Marc Ribot notamment, dans le cadre du Winter Jazzfest. Le groupe jouait alors à domicile, à quelques rues du Lower East Side et de Chinatown où il a installé ses camps de base. Sur scène, la nébuleuse Onyx se réduisait à son noyau, formé du saxophoniste Isaiah Barr et du batteur Austin Williamson, augmenté du contrebassiste Walter Stinson. On y entendait aussi un invité de marque, Roy Nathanson qui endosse un rôle de mentor auprès de ses partenaires : à 67 ans, le saxophoniste – membre des Lounge Lizards et fondateur des Jazz Passengers – affiche quatre décennies de plus que la plupart des acteurs du collectif. Le concert lui-même sembla tirer un fil entre plusieurs générations de jazz new-yorkais, des audaces du free jusqu’aux boucles rythmiques des nouvelles esthétiques, devant un public hétéroclite mais unanimement conquis.

New York, du jazz expérimental à Princess Nokia

On retrouve aujourd’hui la même formation (Isaiah Barr, Austin Williamson, Walter Stinson, Roy Nathanson ainsi que le bassiste Spencer Murphy) sur Lower East Suite Part Three. Cette relative stabilité permet – enfin – de fixer Onyx Collective qui, depuis sa création en 2014 par Isaiah Barr au sortir de l’adolescence, a systématiquement brouillé les pistes : formations erratiques piochant parmi une vingtaine de musiciens-chanteurs-rappeurs, expérimentations interculturelles, concepts communautaires, DIY, concerts chez le coiffeur ou dans un magasin de streetwear, culture skate, collaborations avec Dev Hynes et Princess Nokia, intérêts pour le hard bop et le hip-hop comme pour le punk hardcore… Des jeunes gens brillants, formés dans les écoles de la ville (Isaiah Barr fut l’élève de Roy Nathanson), mais complètement émancipés de toute codification, qui vibrionnent sur la scène Downtown en zappant le circuit des clubs compassés. Mais cet album, qui boucle une trilogie (deux EPs sont sortis fin 2017, déjà chez Big Dada), sonne aussi la fin de la récréation. Lower East Suite Part Three consigne la métamorphose du Lower East Side, un ancien quartier populaire – et potentiel coupe-gorge – du sud de Manhattan, dont les loyers flambent désormais au rythme des ouvertures de restaurants vegan et de boutiques de créateurs. Onyx Collective fut d’ailleurs contraint de quitter son repaire de Canal Street pour s’installer sur Market Street, en bordure de Chinatown. D’où des titres comme Eviction Notice, Battle Of The Bowery ou There Goes The Neighborhood. « New York est en train de changer à cause de la gentrification, déplore Isaiah Barr. Mais l’état d’esprit est toujours là et sa richesse culturelle ne mourra jamais. La ville est l’épicentre d’Onyx Collective et, sans elle, nous n’existerions pas. Je suis posé dans mon cagibi de Chinatown, environné par des arts et des musiques du monde entier… et c’est ce qui me rend heureux.  »

Alors que les deux EPs – des jams foutraques généralement captées dans des lieux incongrus – reflétaient le fonctionnement dissolu du collectif, Lower East Side Part Three adopte un cadre plus rigoureux, en termes de compositions comme d’interprétation, tout en conservant ses aspérités : entrelacs furieux des saxophones, abstractions rythmiques et relents du swing, enregistrement dans les conditions du live… Une musique finalement moins nouvelle que les intentions du groupe qui, tout en étant désormais repéré par les radars de la hype (même la pochette est signée du peintre et cinéaste Julian Schnabel), montre un potentiel sacrément prometteur. Au point d’incarner la vitalité du jazz new-yorkais pendant quelques années à venir ? Pas impossible, à moins qu’il prenne un tout autre chemin. «  Nous ne sommes pas seulement guidés par le jazz, prévient Isaiah Barr. Il a été notre première inspiration, nous l’aimons, mais il est aussi celui qui nous oriente aujourd’hui vers d’autres genres. Or, la musique est une source intarissable, une journée sans fin, peu importe ce qui nous anime. Dans notre cas : le son, l’esprit, les personnages, l’humeur, l’imagination, l’improvisation, l’humour, le mystère, l’Histoire, les histoires… Ce sont les choses auxquelles nous aimons penser quand nous créons. Je suis habité par beaucoup d’influences, du cinéma aux arts plastiques et à la poésie, qui ne sont pas directement liées au jazz. Je pense et je travaille dans plusieurs styles et médiums qui nécessitent chacun beaucoup de recherches et de concentration. » Avec des idées aussi larges, qui sait où Onyx Collective nous conduira.


Photographe : Maxwell Deter

Onyx Collective, Lower East Suite Part Three (Bid Dada / [PIAS])

Concerts :

25 Août, Rock en Seine, Saint-Cloud, France

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