Lors de sa décennie passée à Paris, le saxophoniste Nathan Davis est devenu un pillier de la scène jazz. Sam Records publie des sessions lives inédites enregistrées avec le pianiste Georges Arvanitas en 1966/67.

En France, les amoureux de jazz entretiennent avec orgueil l’image du premier pays hôte, où les gens savent ce qui est bon : cette musique, ses héros. Au sein des figures vénérées pour leur art et aimées pour s’être installées à Paris, Nathan Davis tient bon rang. A sa disparition, le saxophoniste, qui passa les années 60 à Paris, a été le sujet d’hommages dans Libération et Le Monde. Chose assez rare pour être signalée – quand l’artiste n’a pas la notoriété d’un géant. Huit mois plus tard, Sam records sort une nouvelle déclaration d’amour et d’admiration à ce talent oublié avec un live sorti des archives de l’INA. Entièrement dédié aux rééditions, à la quête d’inédits perdus dans l’histoire, le label de Fred Thomas intègre une donnée géographique dans son algorithme : américains pour la plupart, ces jazzmen ont tous un lien fort avec la France.


« Mid Evil Dance » :


1966. Nathan Davis vit à Paris depuis le début des années 60. A la manière de ses confrères exilés, il est l’américain que l’on appelle pour accompagner les grands de passage – souvent avec Kenny Clarke qui l’avait à la bonne – celui à côté duquel les locaux trouvent du crédit. Cette année-là, Georges Arvanitas, pianiste régulier des grands clubs de la ville (Club Saint-Germain, Blue Note, Chat qui Pêche) et pilier sur lequel se reposent les américains de passage, enregistre avec son trio aux côtés de Nathan Davis pour l’ORTF. L’année précédente, lors d’un séjour new-yorkais prolongé, Yusef Lateef l’avait invité à enregistrer l’album Psychicemotus pour Impulse. De retour à Paris, il retrouve le soprano Nathan Davis, qui brillait lui aussi à la flûte, pour cette session restée inédite avant que Fred Thomas ne craque – ce qui était inévitable – et ne la rende à nouveau publique. Six mois après sa disparition, le producteur français rend hommage au saxophoniste que son travail de mémorialiste avait amené à rencontrer. Ils entretinrent le contact, le français conseillant et œuvrant à une réédition de qualité des disques qui auraient dû faire la gloire de l’américain.

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Live in Paris, avec Georges Arvanitas

Nathan Davis ayant vécu et joué de façon régulière dans la capitale pendant quasiment une décennie, la question de l’existence d’autres archives sonores se pose. Combien de ses concerts ont-ils été enregistrés ? En retrouvera-t-on d’autres ? Ceux-là ont été enregistrés au studio 105 de la Maison de la Radio et au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris avec Georges Arvanitas, au piano et à l’orgue, Jacky Samson, à la contrebasse, et Charles Saudrais à la batterie. Ces sessions live ont le nerveux et le swing de l’école traditionnelle de l’après-bop ; reprenant en majorité des compositions du répertoire de Nathan Davis, elles rappellent que le groove allègre et l’engagement furent deux composantes majeures de la musique du saxophoniste. Inédits jusque là, « Nathalie’s Bounce » ou « Mid Evil Dance » en sont de bons exemples ; de même que les déjà connus « The Hip Walk » et « A5 ». Tous porteurs de sa signature.


« Yesterdays » :


1965

En un an, Nathan Davis a posé les bases de sa réputation à venir avec la parution de trois albums de haute volée qui le révélèrent compositeur respectable : Hip Walk, Peace Treaty et Happy Girl. Parmi lesquels Kenny Clarke puis Billy Brooks (batterie) et Larry Young (contrebasse) tiennent la rythmique, tour à tour accompagnés par Francy Boland, René Urtreger et Larry Young au piano. Un belge, un français et un américain. Trois excellents musiciens auxquels quelques soufflants de renom viennent prêter main forte : les trompettistes Carmell Jones et Woody Shaw et le baryton Jean-louis Chautemps. Ces ensembles étaient rôdés, à une époque où une résidence en club de jazz signifiait encore des concerts quotidiens étalés sur des semaines entières. Ils s’inscrivaient dans la tradition hard bop d’un jazz encore complètement imprégné de ses racines américaines – dont les générations européennes futures s’affranchirent peu à peu les décennies passant. Du swing, du blues, une intensité déchirante. On n’inventait rien et ce n’était pas le but. L’originalité s’immisçait dans les grilles d’un idiome toujours réajusté par les plus grands.

Là-dedans, Nathan Davis composa des thèmes percutants, lyrique et bien sentis ; se forgea le son personnel qu’on lui connaît aujourd’hui, allant parfois vers l’orient, peut-être influencé par l’ère du temps et des artistes tels que Yusef Lateef, Charles Mingus ou Eric Dolphy – pour ne citer qu’eux – qui s’étaient prêtés à cette ouverture significative vers un monde non-occidental, quand le leur prenait toutes les formes de la déception à leurs yeux. Pas reconnu comme eux le furent, le saxophoniste s’était toutefois forgé une signature pleine de caractère : Art Blakey comme Blue Note en firent le constat.


« The Hip Walk »


Choix de vie

Après une tournée européenne avec les Jazz Messengers, le batteur lui proposa d’intégrer le groupe que Wayne Shorter venait de quitter. Nathan Davis aurait eu le rôle de soliste et compositeur de celui qui est devenu une légende vivante de l’histoire du jazz. La proposition comportait une obligation : retourner vivre aux Etats-Unis. L’histoire avec Blue Note connût le même avortement. Lors d’un dîner à Paris, Alfred Lion, co-fondateur de Blue Note, offrit à Nathan Davis de rejoindre le catalogue, à la condition de se faire un nom aux Etats-Unis. Mais la carrière de Nathan Davis fonctionnait à plein à Paris, où il appréciait sa vie quotidienne et élevait sa fille. S’il n’avait pas préféré la France à la renommée, qu’aurait été la carrière de Nathan Davis ? Le saxophoniste, rare jazzmen afro-américain à posséder un diplôme – d’ethnomusicologie -, à la fin des années 60, fut l’un des premiers à diriger un département jazz dans une Université américaine. C’était à Pittsburgh, où il enseigna jusqu’à sa retraite, pendant plus de trente ans. Ce choix lui offrit une vie confortable mais loin des devants de la scène. Jusqu’à ce que sa nostalgie pour Paris ne prenne le dessus et lui fasse créer le Paris Reunion Band qui, de 1985 à 1989, réunit d’anciens jazzmen américains devenus pensionnaires parisiens pendant un temps Nat Adderley, Kenny Drew, Johnny Griffin, Slide Hampton, Joe Henderson, Idris Muhammad, Dizzy Reece, Woody Shaw et Jimmy Woode. Nathan Davis racontait ses années parisiennes dans la joie des beaux souvenirs qui façonnent une vie. Cette réédition de Sam Records en témoigne.


Nathan Davis avec Georges Arvanitas, Live in Paris 1966/67, (Sam Records)

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