Qwest-TV-Sugaray-Rayford

Le Texan défend son nouvel album, Somebody Save Me, en revendiquant le fait d'être chanteur, et rien que chanteur, parce que c'est ainsi que les histoires se racontent.

A son domicile en Arizona, Sugaray Rayford profite enfin de passer quelques jours avec son épouse, après deux mois et demi de tournée et avant de repartir pour de nouveaux concerts, aux Etats-Unis et en Europe. Nouvel album et nouveau label, le bluesman défend son bifteck avec une rage que les circonstances lui imposent depuis son enfance à Tyler, Texas, marquée par la pauvreté. « Avec mes deux frères, on a vécu une enfance plutôt dure », rembobine-t-il en se souvenant qu’ils jouaient à savoir lequel des trois était le plus maigre, en comptant les crans de leurs ceintures respectives. Aujourd’hui, avec 130 kg pour presque 2 mètres, alors qu’il vient de franchir les 50 ans, sa carrure en impose. Mais les cicatrices, où s’immisce le blues, ne sont pas résorbées : « J’avais 11 ans quand ma mère est morte. Je suis donc parti vivre chez ma grand-mère qui m’a élevé à l’église, au son du gospel. Mon truc, c’était la musique et j’ai assouvi mon appétit dans les églises noires du Sud. »

La boussole de Sugaray Rayford marque invariablement le Sud où il est resté enraciné, même quand il s’est relocalisé en Californie, près de San Diego. Engagé pendant dix ans dans les Marines, puis videur, il travaillait à la porte d’un club de Carlsbad quand le blues a toqué à la sienne, tardivement. « Nous étions en 1997 et le bar d’en face présentait des concerts chaque mercredi. J’y ai entendu Ronnie Lane & The Texas Twisters et ça m’a reconnecté à la musique. J’ai commencé à chanter le blues, et j’ai adoré ça, de la même manière que je chantais le gospel autrefois. Le gospel nous parle de Dieu et le blues de tout le reste, mais le sentiment musical est très proche. » Chanteur du groupe Aunt Kizzy’s Boyz dans les années 2000, Sugaray Rayford a sorti son premier opus autoproduit (Blind Alley) en 2010 avant de rejoindre The Mannish Boys. Sa carrière internationale a décollé avec son quatrième album, The World That We Live In, sorti en 2017 sur le label italien Blind Faith Records, nommé dans quatre catégories aux Blues Music Awards 2018. Une réussite, quelque part entre la soul de Stax et le blues de Chicago, mais qui ne cadrait pas totalement avec la personnalité de son auteur. « J’avais signé pour trois albums mais je ne voulais pas poursuivre dans cette voie. On a résilié le contrat », informe-t-il.

Sugaray aime Son House (1902-1988) : « Mon modèle, pour la vérité qui émane de son chant, pas pour la vie qu’il a menée » (né dans le Mississippi, il purgea notamment une peine de prison après avoir tué un homme en situation de légitime défense). Et il respire le deep south : « Les Européens adorent le Chicago Blues, en raison de sa connexion avec la British Invasion. Alors que moi, j’ai grandi dans le Sud qui a enfanté de nombreux genres de blues différents et des artistes aussi divers que Little Milton, Tyrone Davis, Albert King, Z.Z. Hill, souvent connectés à la soul. » Surtout, même s’il joua de la batterie dans sa jeunesse, Sugaray Rayford est un chanteur, rien qu’un chanteur – une rareté chez les bluesmen actuels qui sont aussi instrumentistes, souvent guitaristes. « Je ne suis pas Buddy Guy, Joe Bonamassa, Joe Louis Walker ou Joe Bey, des gars supers qui jouent une musique puissante. Moi, je suis de la vieille école, celle du Sud où le bluesman s’assied et raconte une histoire. Je suis comme ça. De mon point de vue, la plupart des bluesmen actuels sont concentrés sur leur instrument d’abord. Je suis l’un des derniers qui chante le blues sans rien, avec juste un micro entre le public et moi. » Ce qui ne l’empêche pas d’être l’un des meilleurs entertainers du circuit.

Sur « The Revelator », le morceau qui introduit son nouvel album Somebody Save Me, Sugaray Rayford chante « I’m a freak of nature », pour illustrer sa différence, puis « I ain’t your preacher », pour exprimer le fait qu’il ne prétend pas détenir la vérité. Le projet est né alors qu’il se trouvait à Memphis pour participer au jury de l’International Blues Challenge. « C’était très étrange, raconte-t-il. Je me trouvais devant l’Orpheum et on m’a présenté un homme dont je n’avais jamais entendu parler, Eric Corne. Un mec sympa, qui avait aimé mon album précédent et voulait qu’on travaille ensemble. Je lui ai dit de voir avec ma femme, qui est mon manager. Deux jours après, nous nous sommes retrouvés à Los Angeles et nous avons une chouette conversation. Quelques semaines plus tard, on a signé. » Eric Corne, fondateur du label Forty Below Records et collaborateur de John Mayall et Walter Trout notamment, a intégralement écrit et produit Somebody Save Me. « J’étais sur la route et je lui envoyais mes idées, à partir desquelles il a composé ces magnifiques chansons. Il m’a compris, en tant qu’artiste et en tant qu’individu », dit Sugaray qui place toute son intensité dans chaque mot comme s’il était écrit de sa main.

Jamais loin de la soul, pourvu qu’elle soit sudiste, Sugaray Rayford promet qu’il n’a jamais transigé avec la sincérité, ses sentiments et son histoire. C’est même ce qui alimente son expression, et ce pourquoi le blues n’est pas près de disparaître. « Les gens pensent que les Noirs ont abandonné le blues mais c’est faux. Venez écouter ce qui se joue au Texas, en Louisiane, dans le Mississippi, en Caroline, en Georgie… Venez écouter Kingfish Ingram, Jarekus Singleton, Mr. Sipp ou mon pote Eric Gales – tous des gars du Sud. Le blues est une musique américaine et il ne disparaitra pas tant que des gens – Noirs, Blancs, Latinos, peu importe – auront besoin d’exprimer leurs souffrances. Je ne m’inquiète pas pour lui. »

 

 

 


Sugaray Rayford, Somebody Save Me (Forty Below Records)

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